Strike for climate 001 - thailande-fr

L’écologie, le développement durable, le changement climatique deviennent des sujets auxquels les jeunes s’intéressent et doivent fatalement s’intéresser car, à la différence des générations précédentes, ils comprennent qu’ils subiront les effets du dérèglement climatique dans les décennies à venir.

Dans cette inquiétude générale, une partie de la population a été laissée de côté, les femmes.  Des études récentes s’intéressent au lien qui subsiste entre l’inégalité de genre et le changement climatique, bien qu’à priori, ces deux sujets semblent éloignés l’un de l’autre, il y aurait un lien important entre ces deux problèmes majeurs de notre société d’après les résultats d’une enquête de l’ONG International Union for Conservation of Nature (IUCN). 

Société civile et changement climatique

Lundi 7 mars, des personnalités se sont réunies à Bangkok afin de mettre à l’honneur ces deux sujets. Le but était de promouvoir et d’informer du rôle de la femme et de la fille dans la lutte contre le changement climatique et d’encourager leur contribution pour un future plus durable. 

Le projet “Mekong for the futur” développé par Dr Ratchada Jayagupta, représentante thaïlandaise pour les droits des femmes auprès de la Commission de l’ASEAN, est représentatif de l’inclusion de la société civile, plus particulièrement des femmes, dans l’intérêt porté au changement climatique.

Le Mékong : une des biodiversités les plus riches au monde

Le Mékong abrite l’une des biodiversités les plus abondantes au monde et est riche en ressources naturelles essentielles au développement durable à long terme de la région. Il possède des ressources naturelles qui perdurent comme la principale source de nourriture et de moyens de subsistance pour environ 70 millions de personnes mais une partie est menacée.

En effet, les pays du bas du Mékong sont les principales victimes ou futures victimes des défis environnementaux qui mettent en péril le développement social et économique (à long terme) de ces pays. Une grande partie du défi environnemental est dû à la fragilité des systèmes gouvernementaux et au manque de participation de la société civile aux processus décisionnels qui régissent les ressources naturelles.

Un futur menacé par le changement climatique

Mekong for the Future, aidé par le Fonds mondial pour la nature (WWF), a pour objectif d’améliorer la gouvernance des ressources naturelles dans la région du Bas Mékong en renforçant la participation de la société civile à la gestion des ressources naturelles, en se concentrant sur les populations marginalisées et en intégrant les principes d’égalité des sexes et d’inclusion sociale tout au long du cycle de vie du projet. 

Dr Ratchada Jayagupta soulignait lundi qu’il faut donner la parole aux femmes. Protéger et promouvoir leurs droits est d’autant plus important dans un projet concernant le changement climatique puisque les femmes en sont les premières impactées.

L’inégalité de genre et le changement climatique

En effet on peut remarquer un rapport entre l’inégalité de genre et le changement climatique. 

Les femmes sont les premières impactées par le changement climatique. Les pauvres sont les plus impactés et à l’échelle mondiale, et la majorité des pauvres sont des femmes. L’adaptation au dérèglement climatique est d’autant plus compliquée dans la mesure où les charges mentales et tâches ménagères reposent souvent sur les femmes.

De plus, cette capacité d’adaptation se voit limitée par les normes sociales, par un moindre accès à des financements adéquats et par une participation limitée à la vie publique et politique, particulièrement dans les pays caractérisés par un IDH et un PIB par habitant faible. 

Le lien entre inégalité de genre et dérèglement climatique irait au-delà d’une complication d’adaptation pour les femmes ; l’ONG International Union for Conservation of Nature (IUCN) a publié, mercredi 29 janvier 2020, une étude menée sur dix ans consacrée à l’impact des dégradations environnementales sur les femmes.

Cette étude nommée « La violence basée sur le genre et son lien avec l’environnement : la violence de l’inégalité » évoque les violences faites aux femmes durant ou après des crises environnementales. Ces violences (pressions morales, viols, agressions sexuelles, prostitution forcée…), que les femmes subissent déjà lorsqu’il n’y a pas de crise, augmentent à la suite des catastrophes ainsi que dans des situations de déplacement de population. 

“Protéger les droits des femmes, promouvoir l’égalité des sexes, le gain de pouvoir et l’autonomisation des femmes par le biais de politiques, de plans et de mesures.” énonçait Dr. Perada Phumessawatd, citant l’une des missions cruciales du ministère du développement social et de la sécurité humaine.

Un concept qui s’accole entièrement avec les thèmes d’égalité de genre et d’intérêt climatique est celui d’écoféminisme. 

L’écoféminisme est un courant des éthiques environnementales qui concilie la réflexion autour de la question des relations de genre et de domination avec l’approche de la protection environnementale. L’écoféminisme met en relation deux formes de domination : celle des hommes sur les femmes, et celle des humains sur la nature.

Ce concept admet la connaissance des femmes et leur engagement pour la préservation de l’environnement, mais ce qu’elles accomplissent est souvent rendu invisible ou dévalorisé et reste lié à la sphère privée. Elles sont toujours, en Thaïlande et ailleurs dans le monde, marginalisées et n’apparaissent pas dans les rôles politiques à fonction décisionnelle, sous-représentées dans les sphères de pouvoir.

“Il faut encourager le leadership comme un caractère normal chez la femme”  s’exclamait Nanticha Ocharoenchai, feministe et militante pour le climat. Ayant grandi dans un environnement sain, entourée de femmes fortes et indépendantes, dans un espace dans lequel elle se sentait continuellement en sécurité, elle a pu gagner en confiance, s’intéresser aux défis de notre ère et s’exprimer. “Pour permettre “l’empouvoirement” des femmes, il faut qu’elles se sentent en sécurité avant tout! Il faut créer un environnement plus sécuritaire pour les femmes, pour qu’elles puissent s’exprimer, vouloir et pouvoir s’exprimer.” ajouta-t-elle.

Que pouvons-nous faire afin d’aider les femmes à s’émanciper et à gagner en confiance dans notre vie de tous les jours ? 

“Il faut porter la voix des femmes, il faut écouter leurs expériences” répliqua Perada Phumessawatdi, Département des affaires féminines et du développement familial. 

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