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En prison pour avoir partagé un article de la BBC sur Facebook

En Thaïlande, un simple partage d’un article sur Facebook peut vous conduire derrière les barreaux pour très longtemps : jusqu’à 15 années de prison si vous êtes reconnu coupable de lèse-majesté.

La détention provisoire de Jatupat Boonpattararaksa, un jeune étudiant militant anti-junte, a été prolongée pour la sixième fois.

Le 1er février, Jatupat Boonpattararaksa a écopé de dix jours supplémentaires en détention provisoire. Alors qu’il a déjà passé 48 jours en cellule, sa peine est prolongée pour la sixième fois.

Jatupat est accusé d’avoir partagé sur Facebook un article publié sur le site en langue thaï de la BBC, considéré par certains comme une offense au nouveau roi de Thaïlande.

Bien que plus de 2000 personnes aient également diffusé la publication, le jeune activiste est le seul à avoir été placé en détention.

Jatupat Boonpattararaksa est en détention provisoire depuis le 3 décembre. Photo : http://www.khaosodenglish.com/
Jatupat Boonpattararaksa a été arrêté le 3 décembre pour avoir partagé un article de la BBC sur Facebook. Photo : http://www.khaosodenglish.com/

Ce n’est pas la première fois que Jatupat est interpellé. En 2014, lors du coup d’état, il avait interrompu le discours du premier ministre, Prayut Chan-o-cha, par un geste provocateur.

Symbole de rébellion, ce dernier est inspiré de la célèbre saga Hunger Games, où l’actrice principale reproduit le “three-fingered salute”, un signe de défiance envers le système.

La semaine dernière, plusieurs maîtres de conférence de l’université de Khon Kaen ont lancé une pétition réclamant la libération du militant. Elle a été signée par plus de 300 universitaires  thaïlandais et étrangers.

Un article considéré comme offensant pour la monarchie

L’article de la BBC, partagé par Jatupat sur Facebook fait l’objet d’une enquête judiciaire depuis le mois de décembre.

La chaîne de télévision britannique a publié un portrait en ligne de Rama X, suite à son intronisation après le décès de son père Rama IX au mois d’octobre dernier.

Le problème ? Dans son article biographique, la BBC dévoile les détails de sa vie privée, ce que les médias ne divulguent jamais en Thaïlande

Relayé sur Internet, l’article est rapidement devenu viral dans le pays. The Independant rapporte que « Les royalistes accusent la BCC de diffamer le monarque ».

Depuis, le lien de l’article diffusé sur le site de la BBC est bloqué par le ministère de l’Économie et de la Société numérique pour « contenu inapproprié ». A l’heure actuelle, il est toujours impossible d’accéder à l’article depuis le pays.

Les locaux de la chaîne, situés à Bangkok, ont également été perquisitionnés.

« Ils ont un bureau en Thaïlande et des journalistes thaïlandais y travaillent, ils doivent donc être poursuivis s’ils violent la loi thaïlandaise » a affirmé le premier ministre.

Les policiers veulent analyser le contenu de l’article afin d’appliquer les peines éventuellement encourues.

La BBC quant à elle, a expliqué que sa version thaïlandaise «  a été créée pour apporter des informations impartiales, indépendantes et précises dans un pays où les médias font face à des restrictions ».

Elle a également certifié n’avoir rien à se reprocher puisque le portrait publié est en accord avec les principes éditoriaux de la chaîne.

Depuis la mort du roi, la chaîne de télévision a déjà été suspendue plusieurs fois.

3 à 15 ans de prison pour le crime de lèse-majesté

En Thaïlande, insulter ou critiquer la famille royale est passible d’une peine de 3 à 15 ans d’emprisonnement. Le pays est l’un des plus sévère en la matière.

Bien que la censure soit présente en permanence dans le pays, la période de deuil national mène les militaires à durcir l’application de la loi concernant les crimes de lèse-majesté.

L’année dernière, les Nations Unies ont fait part de leur consternation concernant « les peines de prison incroyablement disproportionnées prononcées au cours des derniers mois ».

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