Trois ans jour pour jour après les événements d’avril et mai 2010 qui ont abouti à la répression et à la reddition des manifestants du Front uni Pour la démocratie contre la dictature, plus connus sous le nom de « chemises rouges »,  la société thaïlandaise demeure profondément divisée et toujours à la recherche de la vérité. Quelques 92 personnes ont été tuées lors de la répression de mai 2010, des manifestants innocents, des journalistes des soldats et des membres du personnel de sécurité.

Les  enquêtes en cours progressent lentement ou pas du tout, et semblent souvent davantage motivées par des arrières pensées politiques que par la recherche de la justice. Le gouvernement s’apprête de toute façon à voter une loi d’amnistie qui blanchirait toutes les accusations de tous les côtés depuis 2006… ce qui permettrait au passage d’englober Thaksin dans l’amnistie.

«La violence a été le fait de toutes les parties au conflit, mais l’UDD et ses partisans politiques du gouvernement continuent de nier toute part de responsabilité », a déclaré Brad Adams directeur pour l’Asie de Human Rights Watch. Les dirigeants des « Chemises rouges » et leurs supporters devraient reconnaître que tous les responsables de violence et des abus doivent être tenus pour responsables de ce qu’ils ont fait. « 

On ne sait toujours pratiquement rien sur les fameux « hommes en noir » , les snipers infiltrés dans les manifestants qui ont attaqué à la grenade et au fusil d’assaut les forces de l’ordre, contribuant largement au cycle provocation répression.

« La simple vérité est que s’il n’y avait pas eu de groupes armés parmi les manifestants, tels que les chemises noires, personne ne serait mort. Les morts ont commencé à cause des manifestants. » Abhisit Vejjajiva, Premier ministre en exercice pendant les manifestations. Photo © 2010 Agnes Dherbeys

Des accusations de terrorisme ont aussi été déposées contre plusieurs dirigeants de l’UDD et des manifestants mais peu ont abouti à des condamnations, ou les accusés ont été libérés sous caution. En revanche la justice thaïlandaise a ouvert deux instructions sur des accusations de meurtre contre le Premier ministre de l’époque Abhisit Vejjajiva et son adjoint Suthep Thaugsuban.

M. Abhisit donne sa version des événements de ces deux mois tumultueux dans «  la simple vérité », un livre publié actuellement en thaï et dont une version anglaise devrait  suivre   à la fin du mois prochain.  Abhisit actuellement poursuivi pour meurtre par la justice thaïlandaise a donné une interview au Bangkok Post dont voici quelques extraits

Dans votre livre, vous dites que le public a écouté assez des mensonges et maintenant il est temps pour eux d’entendre la vérité. Quelle est donc la vérité ?

La simple vérité est que s’il n’y avait pas eu de groupes armés parmi les manifestants, tels que les chemises noires, personne ne serait mort. Les morts ont commencé à cause des manifestants. Par exemple, le 10 avril il y a eu une attaque à la grenade sur les soldats qui a  tué le Colonel   Romklao Thuwatham, ce qui a conduit à un affrontement violent et plus de morts. Après cela, nous avons décidé de ne plus  disperser les manifestants, mais seulement de  les contenir à l’aide de points de contrôle militaires. Puis nous avons été attaqués à nouveau par des hommes armés, et  de nouveaux affrontements ont eu lieu et des gens sont morts. C’est la simple vérité.

Vous dites que les morts ont commencé à cause des manifestants. Voulez-vous dire que les hommes en noir faisaient partie de la protestation et étaient soutenus par les chemises rouges ?

La plupart des gens qui participaient  aux manifestations ne connaissait probablement rien  à leur sujet. Mais si vous deviez demander aux leaders, aux  instigateurs, et au grand patron s’ils savaient, alors je suis convaincu qu’ils étaient au courant. Il y a eu des annonces faites avant même la manifestation par Arisman [Pongruangrong] et Seh Daeng [Khattiya Sawatdiphol] et d’autres à propos des groupes armés. Aujourd’hui, la Cour a conclu qu’il y avait des groupes armés, donc je pose la question : de quel côté pouvaient-ils être?

La simple vérité est que les affrontements ont été orchestrés pour entraîner la chute du gouvernement en provoquant des morts  pour les utiliser ensuite  à des fins politiques. C’est la simple vérité. La stratégie de Thaksin en 2010 était d’utiliser les manifestants comme bouclier humain et de provoquer des morts parmi les manifestants les forces de sécurité  pour son propre gain personnel. Thaksin a dit aux chemises rouges: «Je vais vous diriger »  et il n’a démontré  aucune responsabilité pour ses  supporters. Il savait  qu’il y aurait des affrontements et des morts. Pour moi, c’est très cruel, très cruel.

Qu’est-ce que le grand patron (Thaksin) voulait obtenir ?

Les 46 milliards de bahts [des avoirs de Thaksin saisis par la Cour suprême]. Une amnistie et ne pas faire de prison. C’est ce qu’il veut encore aujourd’hui. Cela n’a rien à voir avec la démocratie, rien à voir avec les doubles standards, rien à voir avec aider  ceux qui souffrent.

Trois ans ont passé et les divisions restent profondes. Comment ce livre peut améliorer cette situation étant donné que vous êtes très sévère sur les chemises rouges ? N’est-il pas susceptible de faire empirer les choses?

Je n’ai jamais condamné les manifestants. J’ai toujours dit que la plupart étaient  sincères et n’avait aucune intention d’enfreindre les lois. Mais il y a un groupe qui eut cette intention. Je ne crois pas que la réconciliation soit  possible dans une société sans la vérité. En fin de compte, tous ceux qui ont souffert veulent connaître la vérité. Ce que je veux dire aux gens, c’est que le conflit en cours n’a rien à voir avec la démocratie ou les doubles standards. C’est l’affaire d’une personne qui ne peut toujours pas obtenir ce qu’il veut.

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