Plus encore, l’annonce d’une coalition gouvernementale de six partis pourrait bien se révéler suffisamment stable pour durer, puisqu’elle contrôlera 315 sièges sur les 480 que compte le parlement. Une configuration assez inconfortable pour le Parti Démocrate, deuxième parti dans l’élection générale avec 165 sièges, et obligé de faire cavalier seul dans l’opposition.

Cette défaite du Parti Démocrate montre bien que le coup de force de l’an dernier n’a pas réussi à atteindre la popularité de Thaksin, élu en 2001 et en 2005 grâce a des mesures comme la réduction du coût des soins médicaux, et des subventions aux agriculteurs. Après quinze mois d’exil, et de multiples poursuites judiciaires pour corruption, il demeure au centre de la vie politique et suscite encore des passions chez ses partisans comme chez ses détracteurs.

Un coup d’état pour rien ? Ca en a tout l’air car le Parti du pouvoir du peuple (PPP), est bien le vainqueur des élections législatives du 23 décembre, et il s’agit de fait d’une victoire par procuration de Thaksin, déposé par un coup de force des militaires en septembre 2006.Le coup d’État a bien forcé Thaksin à quitter physiquement la Thaïlande pour l’Angleterre, (où il a acheté le club de football de Manchester City), mais il n’a pas réussi à le tenir à l’écart de la politique de la thaïlandaise. Bien que son parti (le Thai Rak Thai) a été dissous par la Cour constitutionnelle en mai 2007, et ses 111 principaux membres, dont Thaksin, banni de la politique au cours des cinq prochaines années, le souvenir de la politique populiste de Thaksin reste profondément ancrée dans la population. La victoire éclatante du PPP aux élections le démontre amplement.

Une chose est certaine, le coup du 19 Septembre 2006 a été beaucoup moins bien réussi sur le plan économique que le précédent coup d’État de 1991. En 1991 les militaires avait mis en place une équipe de technocrates dirigé par le l’ ancien diplomate Anand Panyarachun, qui a promulgué plus de 300 lois qui ont mis l’économie de la Thailande en bonne place sur la route de la mondialisation. Cette période a été un pas en arrière pour la démocratie, mais beaucoup de Thaïlandais ont sans doute pensé que le sacrifice en valait la peine.

Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Surayud Chulanont, un ancien général de l’armée, n’a pas réussi à redresser l’économie en 2007 : au contraire il a mis en place une série de mesures qui ont fait fuir les capitaux étrangers et inquiété les investisseurs.

Plus inquiétant : les militaires ont été incapables de rétablir la sécurité dans le sud de la Thailande en proie aux attaques incessantes des islamistes. Des informations font même état de « taupes » islamistes infiltrées dans le commandement de l’armée dans le sud.

Les membres du parlement doivent élire vendredi le 25ème Premier ministre thaïlandais, qui pourrait bien être Samak Sundaravej, mais l’ex-gouverneur de Bangkok a promis de ramener M. Thaksin en Thaïlande s’il gagnait les élections. Une décision qui pourrait provoquer une position inconfortable pour les militaires.

Le Prince héritier Vajiralongkorn a présidé la brève cérémonie d’ouverture à la Chambre des représentants et a mis en garde les nouveaux parlementaires :

« Votre mission est très importante – pour rétablir la stabilité et rendre l’unité à notre pays, dans la stabilité et la paix. »

Mais la victoire du PPP place la monarchie dans une situation délicate car le roi avait reçu sans tarder les auteurs du coup d’Etat, leur apportant ainsi un soutien tacite. Les forces réelles derrière le renversement du gouvernement Thaksin restent cependant un mystère :une théorie met en avant le rôle des intérêts économiques exclus de l’accès au pouvoir par le magnat des télécoms, mais une autre insiste sur les factions du palais qui se sont senties menacées par l’immense ambition de Thaksin.

Une chose est certaine, la promesse des militaires de guérir les divisions politiques de la Thaïlande, n’a pas été tenue : aujourd’hui la division de la société thaïlandaise, entre ceux qui ont soutenu et se sont opposés à Thaksin Shinawatra est toujours là.

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