Incarcéré depuis plus de deux ans, le journaliste et vidéaste Nguyen Van Hoa a récemment entamé une grève de la faim pour protester contre les violences qui lui sont infligées.

Face à la recrudescence des cas d’abus contre les journalistes emprisonnés, Reporters sans frontières (RSF) annonce qu’elle saisit le Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture pour que cesse cette situation.

Cela fait bientôt deux semaines qu’il a cessé de s’alimenter… Le reporter vietnamien Nguyen Van Hoa, qui purge actuellement une peine de sept ans d’emprisonnement, a entamé une grève de la faimle 22 février dernier pour protester contre ses conditions de détention.

Plus précisément, le journaliste a énuméré, dans un courrier adressé aux autorités du district, de la province et au bureau du Procureur général à Hanoï, les différents cas de mauvais traitements dont il a été l’objet.

Conformément aux lois et à la Constitution de la République socialiste du Vietnam, Nguyen Van Hoa exige que des enquêtes soient menées contre les auteurs de ces violences, sans quoi, il poursuivra, sa grève de la faim.

“Il est absolument inacceptable qu’un journaliste, jeté en prison pour avoir simplement tenté d’informer ses concitoyens, en soit en plus réduit à se priver de nourriture pour faire respecter ses droits les plus élémentaires, à commencer par son intégrité physique. En bafouant ainsi ses propres lois, le Vietnam fait une nouvelle fois montre de son mépris pour la liberté de la presse et l’Etat de droit. Nous alertons et appelons le Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture à se saisir de ce cas pour que cessent pareilles violations des droits fondamentaux.”


Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF

Torture et mauvais traitements

Arrêté le 11 janvier 2017 pour avoir filmé des manifestations citoyennes, Nguyen Van Hoa a d’abord passé neuf jours en garde à vue, durant lesquels il a été suspendu par les mains et a été battu par huit policiers, qui ont par ailleurs pratiqué sur lui la “torture par l’eau” – une technique notamment utilisée, en leur temps, par les GI’s américains contre les combattants Viêt Cong durant la guerre du Vietnam.

Condamné en novembre 2017 à sept ans de prison, le reporter, qui travaillait notamment pour la station états-unienne Radio Free Asia, a été appelé à témoigner à charge contre un autre blogueurLe Dinh Luong, en août 2018. Ayant refuser de se plier à ce diktat, Nguyen Van Hoa a alors été transféré dans une salle isolée pour y être à nouveau sévèrement battu par plusieurs agents de police.

La blogueuse Nguyen Ngoc Nhu Quynh, plus connue sous le pseudonyme de Me Nâm, “Mère Champignon”, s’était elle-même résolue à mener une grève de la faim en juillet 2018 pour protester contre le traitement inhumain dont elle faisait l’objet en prison. Ette a finalement été libérée en octobre dernier, à condition qu’elle quitte le pays.

“Enfer” carceral et violences extrêmes

Ces cas de violences extrême ne sont qu’un aperçu des terribles conditions de détention qui frappent les 29 journalistes citoyens qui croupissent actuellement dans les prisons vietnamiennes.

Tout est bon pour faire pression sur les détenus. “Mon mari a été transféré à l’autre bout du pays sans même que j’en ai été informée, soupire auprès de RSF Nguyen Thi Kim Thanh, l’épouse du journaliste Truong Minh Duccondamné à douze ans de prison en avril 2018Aujourd’hui, il me faut parcourir près de 2000 km pour lui rendre visite, alors qu’il souffre de tension artérielle et de troubles cardiaque. Notre vie est devenue un enfer.”

Même traitement pour la blogueuse et photojournaliste Nguyen Dang Minh Man, dont la famille, basée dans la ville de Trà Vinh, tout au sud du pays, doit elle aussi traverser le Vietnam dans toute sa longueur pour lui rendre visite à la prison de Thanh Hoa, au nord.

Emprisonnée depuis 2011, la blogueuse avait entamé une grève de la faim en mars 2017 pour protester contre les violences qui la visaient alors. A l’issue d’une première privation en novembre 2014, elle ne pesait plus que 35 kg.

“Détruire mon mental”

Condamné à quinze ans de prison à l’issue de la même audience que son confrère Truong Minh Duc, le blogueur Nguyen Van Dai a été libéré en juin dernier, à condition qu’il parte lui aussi en exil. Aujourd’hui réfugié en Allemagne, RSF a pu le rencontrer pour faire le point sur ses conditions de détention. “Les gardiens étaient chargés de tout faire pour m’empoisonner la vie, raconte-t-il. Le matin, l’eau qu’ils me fournissaient avait une odeur absolument nauséabonde. Quand j’étais malade, ils faisaient du chantage aux médicaments. Durant mes 20 premiers jours de détention, ils ajoutaient systématiquement  des grains de riz non-cuits à mes portions de riz, ce qui les rendaient quasiment immangeables. Quant à ma famille, personne n’a été autorisé à venir me voir pendant onze mois…”

Selon le blogueur, toutes ces mesquineries de l’administration pénitentiaire n’avaient qu’un but : “Détruire mon mental. Mais avant même mon arrestation officielle, la police m’avait déjà sévèrement battu, se souvient Nguyen Van Dai. Alors durant mes premiers jours à l’isolement, je me suis persuadé que ce serait une perte de ne pas se battre.”

Aujourd’hui libre, il atteste du rôle des pressions étrangères exercées sur les autorités de Hanoï pour faire avancer la condition des journalistes citoyens au Vietnam. “Sans plaidoyer international, je serais toujours en train de purger mes quinze ans de prison.”

Le Vietnam stagne dans les abîmes du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018, à la 175e place sur 180 pays.

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