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Le gouvernement thaïlandais interdit la consultation de trois comptes Facebook

On savait déjà qu’un simple post, ou même un partage sur Facebook pouvait se terminer par de la prison en Thaïlande. Mais maintenant le simple fait de suivre un compte Facebook peut aussi entraîner des poursuites pénales.

Dans sa volonté de renforcer la censure sur internet, le gouvernement thaïlandais vient de franchir une nouvelle étape en déclarant hors la loi trois comptes Facebook d’opposants en exil.


Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’interdiction faite par le gouvernement à tous les internautes du pays, le 13 avril 2017, d’échanger des informations avec et sur le journaliste Andrew MacGregor Marshall et deux universitaires thaïs Somsak Jeamteerasakul et Pavin Chachavalpongpun, accusés de “lèse-majesté” par les autorités. L’organisation appelle les internautes hors d’atteinte de la junte et disposant d’un profil Facebook à partager le contenu de ces trois profils.

C’est dans une lettre publiée en ligne par un quotidien local que le gouvernement thaïlandais, via le ministère de l’Economie et de la Société digitale, a interdit à tous les citoyens de partager des informations avec et sur le journaliste écossais et les universitaires thaïs.

Ceux qui iraient à l’encontre de cette décision, même en se contentant simplement de suivre ces dissidents sur les réseaux sociaux, pourraient être poursuivis et menacés d’emprisonnement en vertu de la loi relative aux crimes informatiques (Computer-Related Crime Act (CCA)).

RSF copie écran tweet
RSF appelle tous les internautes hors d’atteinte des autorités thaïlandaises à partager en ligne les contenus des profils Facebook interdits par la junte.

Tous trois ont été contraints de quitter le pays entre 2011 et 2014 après avoir été inculpés pour crime de “lèse-majesté”. Journaliste britannique de renom, Andrew MacGregor Marshall est notamment l’auteur du livre A kingdom in Crisis – Thailand’s Struggle for Democracy in the Twenty-First Century, censuré en Thaïlande car jugé insultant par le gouvernement local. Selon le chef national de police Gen. Somyot Poompanmoung, l’oeuvre contiendrait des informations pouvant “affecter la stabilité du royaume, l’ordre et la bonne moralité du peuple”.

Professeur d’histoire à l’université de Thamamsat et critique politique publiant régulièrement ses analyses sur Facebook, Somsak Jeamteerasakul a lui aussi dû quitter le pays après avoir été convoqué par les autorités en 2014 et menacé de mort.

Pavin Chachavalpongpun est un universitaire exilé au Japon la même année après avoir refusé de répondre à une convocation de la junte.

La Thaïlande est munie de la loi de lèse-majesté (article 112 du code pénal) la plus sévère du monde et instrumentalise ses lois, dont celle sur les crimes informatiques, pour porter atteinte à la liberté de la presse et de l’information. En mars dernier, RSF a dénoncé les poursuites en justice en vertu de cette dernière contre le correspondant de la BBC, Jonathan Head.

Un an et demi après le coup d’etat militaire, Reporters sans frontières a publié un rapport d’enquête dressant un état des lieux plus qu’inquiétant pour la liberté de l’information en Thaïlande. Intitulé “Thaïlande : coup d’Etat permanent contre la presse”, ce rapport appelle notamment les autorités thaïlandaises à cesser de recourir à des lois répressives, dans le but de museler les médias critiques et indépendants, à la censure du Net et à la surveillance des blogueurs et de tous ceux qui publient des informations “critiques” sur les réseau sociaux.

Depuis le coup d’Etat militaire de mai 2014, la liberté de la presse est sévèrement réprimée en Thaïlande, qui se situe à la 136e place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2016 de RSF.

Par Redaction Bangkok

La rédaction de thailande-fr est installée à Bangkok depuis 2007, avec un rédacteur en chef, des pigistes, et des stagiaires d'écoles de journalisme et de communication.