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La presse prise pour cible en Thaïlande

Le conflit ouvert entre l’opposition et le gouvernement s’est une fois plus centré autour du rôle des médias. Un des tournants de la crise a eu lieu lorsque le gouvernement a décidé de couper la diffusion de la chaine PTV, jugée trop favorable aux « chemises rouges ». Les manifestants rendus furieux par cette censure se sont alors dirigés vers le siège de la chaine, a environ 50 km de Bangkok, et ont réussi a imposer la reprise temporaire des émissions.

Le gouvernement a ainsi donné aux manifestants une première occasion de tester leur force, et leur détermination face aux militaires. Hier les militants de l’UDD s’en sont pris aux journalistes, accusés de ne pas rendre compte objectivement des affrontements survenus dans la nuit de samedi. Les reporters présents sur le site de rassemblement du Front uni de la démocratie contre la dictature (UDD) à Phan Fah Bridge ont été obligé de quitter la zone par des manifestants en colère, après qu’ un chef de file de l’UDD ait critiqué le rôle des médias.

Somchai Phaiboon a déclaré sur la scène que les médias, en particulier les télévision, ont retransmis des informations partiales en ne diffusant pas assez d’images de manifestants morts pendant la nuit des affrontements. Les propos de Somchai ont suscité la colère parmi la foule qui a alors commencé à chasser les journalistes présents sur le site.

Sur cette photo non datée publiée par Reuters, le caméraman japonais Hiro Muramoto est dans son bureau à Tokyo. Muramoto, 43 ans, qui travaillait pour Reuters depuis plus de 15 ans, a été parmi les personnes tuées dans les affrontements sanglants samedi 10 avril 2010, à Bangkok, en Thaïlande, entre des manifestants exigeant de nouvelles élections et les soldats. (Photo AP / Reuters)

Paradoxalement un journaliste figure parmi les victimes des affrontements. Hiroyuki Muramoto, cameraman japonais de l’agence Reuters, a été tué par balles, le 10 avril 2010 à Bangkok, lors des violents affrontements entre l’armée et les « chemises rouges ». L’origine des tirs n’a pas été déterminée de manière indépendante et les deux camps se rejettent la responsabilité de ces affrontements qui ont fait au moins treize morts et plus de cinq cents blessés. Hier un porte parole de l’armée a réaffirmé que les soldats n’avaient pas fait usage de balles réelles pendant les affrontements, et qu’un groupe de personnes parmi les chemises rouges avaient utilisé des fusils d’assaut. Hiroyuki Muramoto a été blessé mortellement à la poitrine alors qu’il couvrait les affrontements dans le quartier de Rajdumnoen Road.

« Je suis terriblement attristé de la perte de notre collègue Hiroyuki Muramoto lors des affrontements à Bangkok. Le journalisme est parfois une profession terriblement dangereuse, car ceux qui veulent apporter au monde les informations se retrouvent au coeur de l’action. La famille toute entière de Reuters est en deuil avec sa tragédie »,

a déclaré David Schlesinger, rédacteur en chef de Reuters. Hiroyuki Muramoto est rattaché au bureau de l’agence britannique à Tokyo.

Reporters sans frontières demande une enquête indépendante sur la mort de Hiroyuki Muramoto, notamment une autopsie et une étude balistique réalisées de manière transparente, et si nécessaire avec la collaboration d’experts étrangers.

« Cette enquête doit notamment être menée au plus haut niveau du commandement militaire, afin de savoir s’il a été fait usage de la part de l’armée de balles réelles et sur ordre de qui, alors que des balles en caoutchouc et des grenades lacrymogènes sont normalement d’usage pour une mission de maintien de l’ordre »

a déclaré l’organisation. Des membres des « chemises rouges » avaient affirmé la veille avoir récupéré des armes de combats de l’armée. Nous demandons que l’enquête fasse également la lumière sur ce point et détermine d’éventuelles responsabilités dans les rangs des manifestants. Hiroyuki Muramoto est le premier journaliste tué en Thaïlande depuis octobre 2008.

Olivier Languepin avec Vincent Brossel (Bureau Asie de RSF)

Redaction Bangkok

Par Redaction Bangkok

La rédaction de thailande-fr est installée à Bangkok depuis 2007, avec un rédacteur en chef, des pigistes, et des stagiaires d'écoles de journalisme et de communication.

Une réponse sur « La presse prise pour cible en Thaïlande »

Eh ! Ben ! C’est mieux. L’orientation du papier est mieux dirigée tant qu’il y a la signature de Vincent Brossel à côté. On peut dire que « Reporters sans frontière » est plus crédible. Si on le laisse en Solo, les papiers d’Olivier Languepin sont très prétentieux pour ne pas dire très partial. Salut/

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