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RSF demande une grâce royale pour les internautes thaïlandais

A l’occasion des célébrations de l’anniversaire du roi Bhumibol Adulyadej de Thaïlande qui ont lieu comme chaque année le 5 décembre, l’organisation basée à Paris, Reporters sans frontières a écrit au monarque pour lui demander d’accorder sa grâce aux internautes en prison ou poursuivis pour des délits d’opinion.

“L’acceptation par le roi de cette requête démontrerait au monde entier son respect de la liberté d’expression, mettant en pratique les paroles qu’il avait lui-même prononcées à cet égard le 5 décembre 2005 en faveur de sa protection”, a déclaré l’organisation.

Reporters sans frontières a demandé la libération de Suwicha Thakor, incarcéré à la prison de Klong Prem. Ce blogueur a été condamné le 3 avril 2009 à dix ans de prison pour “crime de lèse-majesté”, malgré l’absence de preuves à son encontre. Ni politique, ni militant, Suwicha Thakor n’a jamais critiqué le roi, pas plus qu’il n’a posté d’articles le concernant. Un geste de la part du roi en sa faveur pour libérer un innocent qui a déjà trop souffert serait une grâce dont le sens viendrait pleinement soutenir sa déclaration du 5 décembre 2005 : “En réalité, je ne suis pas au-dessus de la critique…Car, si vous dites que le roi ne peut être critiqué, cela veut dire que le roi n’est pas un homme”, avait affirmé le roi.

Reporters sans frontières demande également l’abandon définitif des poursuites à l’encontre des internautes suivants :

Giles Ji Ungpakorn, professeur de sciences politiques à l’Université de Chulalongkorn de Bangkok, inculpé de crime de lèse-majesté le 20 janvier 2009 pour le livre “Un coup d’Etat pour les riches” paru en 2007 et téléchargeable sur son site. Il n’a jamais critiqué le roi.

Jonathan Head, correspondant britannique pour la BBC en Asie du Sud-Est, accusé sans preuves du crime de lèse-majesté le 23 décembre 2008 par le lieutenant-colonel Wattanasak Shinawatra. On ignore toujours où en sont les enquêtes aujourd’hui.

Nat Sattayapornpisut, blogueur ayant envoyé des liens de vidéos à un blogueur en Espagne, souhaitant la fin du crime de lèse-majesté. Il a été accusé, en octobre 2009, d’avoir violé le Computer Crime Act de 2007. “Critiquer une loi n’est pas critiquer le roi, ni menacer la sécurité nationale”, avait alors commenté Reporters sans frontières (http://www.rsf.org/Arrestations-d-internautes-et.html). Aucune décision n’a été prise à son sujet.

Praya Pichai, blogueur. Le procureur aurait jusqu’en 2017 pour décider de le poursuivre ou non, ce qui est inacceptable au regard des droits de la défense et de la liberté d’expression. Il avait été accusé en septembre 2007 d’avoir critiqué la royauté.

Tasaparn Rattawongsa, médecin à l’hôpital Thon Buri, Somchets Ittiworakul, Theeranan Wipuchan, ancienne cadre du groupe UBS Securities et Katha Pajajiriyapong, employé de la compagnie de courtage KT ZMICO. Ils sont tous accusés d’avoir violé la section 14 du Computer Crime Act de 2007 pour avoir posté en ligne “des informations fausses qui menacent la sécurité nationale”. Les internautes n’avaient fait que chercher des explications sur la chute des cours de la Bourse de Bangkok (http://www.rsf.org/Trois-internautes-arretes-pour.html et http://www.rsf.org/Arrestations-d-internautes-et.html).

“Nous espérons que sa Majesté le roi Bhumibol Adulyadej de Thaïlande accueillera avec bienveillance cette requête de grâce royale. Les crimes de “lèse-majesté” et de “menace à la sécurité nationale” sur la base du Computer Crime Act de 2007 desservent l’image du royaume et du roi de Thaïlande en brimant la liberté d’expression des citoyens”, a conclu Reporters sans frontières.

Par ailleurs RSF demande aussi que la loi qui punit les crime de lèse majesté soit réformée et dénonce l’auto-censure qui domine la presse en Thaïlande.

La Thaïlande en 130e place du classement RSF 2009
La Thaïlande en 130e place du classement RSF 2009

Il est indéniable que le roi Bhumipol Adulyadej, sur le trône depuis le 5 mai 1950, jouit d’une très grande popularité en Thaïlande. Le régime est celui d’une monarchie constitutionnelle qui lui assigne le rôle de chef de l’Etat et de protecteur des religions. Couronné sous le nom dynastique de Rama IX, Bhumipol Adulyadej, né en 1927, a fait ses études en Suisse et a toujours montré un intérêt particulier au développement agricole et économique du pays.

La dévotion envers le roi est immense en Thaïlande. Ainsi, tous les lundi, des centaines de milliers de Thaïs portent un T-shirt jaune, couleur du lundi, en l’honneur de Bhumipol Adulyadej, né ce jour-là. Mais l’absence de critiques à l’encontre du roi, de sa famille ou du système monarchique, n’est pas seulement liée à une attitude respectueuse envers le monarque. Il existe des lois très strictes qui punissent la libre parole sur cette question.

La Thaïlande est à juste titre un modèle de liberté de la presse en Asie du Sud-Est. La presse est libre et variée, mais les journalistes ont tous un point en commun : ils s’auto-censurent pour ce qui touche à la monarchie.

Face à cette situation, Reporters sans frontières appelle à une réforme rapide des lois régissant le crime de lèse-majesté. Outre la censure sur Internet, ce délit aurait déjà permis l’incarcération d’une centaine de personnes. Ce rapport raconte notamment l’histoire de six personnes victimes d’une enquête ou d’une condamnation pour crime de lèse-majesté. “Quiconque diffame, insulte ou menace le roi, la reine, le prince héritier ou le régent” commet un crime de lèse-majesté. Les contrevenants risquent “de trois à quinze ans de prison” (art 112 du code pénal de Thaïlande relatif aux offenses à la sécurité nationale). Il y a dix ans, Amnesty International affirmait que “le dernier cas de l’utilisation de cette loi dat[ait] de 1991” ! Désormais, il ne se passe plus une journée sans que l’Alliance du peuple pour la démocratie (PAD), l’un des partis représentés dans le gouvernement, ne redouble d’effort pour faire taire les critiques. Tout cela au nom du respect du roi.

Par Redaction Bangkok

La rédaction de thailande-fr est installée à Bangkok depuis 2007, avec un rédacteur en chef, des pigistes, et des stagiaires d'écoles de journalisme et de communication.