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La famille du photographe tué par l’armée craint une amnistie

Plus de trois ans après les violentes manifestations qui ont ensanglanté Bangkok, faisant plus de 90 morts, la Cour pénale de Bangkok a reconnu, le 29 mai 2013, les forces de sécurité thaïlandaises responsables du décès du journaliste italien Fabio Polenghi

Plus de trois ans après les violentes manifestations qui ont ensanglanté Bangkok, faisant plus de 90 morts, la Cour pénale de Bangkok a reconnu, le 29 mai 2013, les forces de sécurité thaïlandaises responsables du décès du journaliste italien Fabio Polenghi, tué par balle le 19 mai 2010 au cours d’affrontements entre le régime et les “chemises rouges”.

Cette décision qui met un terme à une procédure de plusieurs années intervient au moment où le gouvernement s’apprête à présenter une loi d’amnistie au Parlement qui exonèrerait de responsabilité pénale tous les acteurs des violences politiques commises en Thaïlande entre 2006 et 2010.

Fabio Polenghi - Bangkok last pictures 2010
Fabio Polenghi – Bangkok last pictures 2010 Exposition au FCCT . Photo : https://www.facebook.com/FCCThailand

Aucun de ces militaires n’a nommément été désigné par le verdict de la cour. Reporters sans frontières s’est entretenue avec Elisabetta Polenghi, la sœur du défunt, qui appelle le gouvernement à ne pas accorder d’amnistie aux auteurs des tirs.

“Nous prenons acte de l’annonce faite par la Cour pénale de Bangkok, qui intervient trois ans après la mort de Fabio Polenghi. Nous exhortons le gouvernement à permettre à la justice d’opérer, en ne prononçant aucune amnistie en faveur des responsables de ce drame. Ces derniers doivent être identifiés et traduits en justice afin que la mort du journaliste, accidentelle ou non, ne reste pas impunie”,

a déclaré Reporters sans frontières.

La Cour pénale de Bangkok a conclu que le journaliste freelance Fabio Polenghi a été tué par une balle à haute vitesse de calibre .223, identique aux modèles utilisés par l’armée. Selon l’enquête, le seul groupe présent sur les lieux à cet instant était le Second Bataillon de Garde du Roi, chargé de la dispersion des manifestants

La Cour a ainsi conclu à la responsabilité des militaires, sans pour autant identifier l’auteur du coup de feu fatal au journaliste ni déterminer la nature exacte des ordres reçus par les soldats au moment des faits. Le journaliste Robert Cox et le lieutenant colonel de police de l’Institut central de sciences judiciaires du ministère de la Justice, Watcharat Chalermsooksant, avaient confirmé que la balle provenait des rangs des soldats.

La soeur de Fabio Polenghi, Elisabetta Polenghi, a tenu le soir même une conférence de presse, organisée aux cotés du Foreign Correspondent’s Clud of Thailande. L’avocat de la famille a indiqué que cette dernière allait à présent lancer une procédure contre Abhisit Vejjajiva et Suthep Thaugsuban, respectivement Premier ministre et adjoint en charge de la sécurité au moment des faits.

“La conclusion du tribunal que la balle qui a tué Fabio provenait de l’armée est très importante. Mais ce n’est que la première étape. Nous ne connaissons toujours pas l’auteur du coup de feu. Pour l’instant, il n’y a aucune responsabilité. Je crains fortement que le gouvernement ne vote une amnistie”

a déclaré Elisabetta Polenghi à Reporters sans frontières.

Selon le commandant en chef de l’armée Gen Prayuth Chan-ocha, cité par le Bangkok Post, le verdict du tribunal donnera lieu à une condamnation criminelle. Selon lui, l’affaire se poursuivra devant la Cour d’appel, puis la Cour Suprême.

Le 17 septembre 2011, le directeur général du Département des enquêtes spéciales (DSI), Tharit Pengdit, avait déclaré à l’AFP que l’armée était responsable de la mort du cameraman japonais, Hiroyuki Muramoto, tué le 10 avril 2010.

Lire le rapport de Reporters sans frontières sur les violences commises contre la presse lors des évènements de Bangkok.

Benjamin Ismaïl

Head of Asia-Pacific Desk
Reporters Without Borders
Paris – France

Par Redaction Bangkok

La rédaction de thailande-fr est installée à Bangkok depuis 2007, avec un rédacteur en chef, des pigistes, et des stagiaires d'écoles de journalisme et de communication.