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La pop thaïlandaise à l’assaut de l’Asie

Le succès actuel des groupes thaïlandais n’est pas nouveau et s’explique en partie grâce à une longue tradition de musiciens talentueux qui ont légué leur amour de la musique aux jeunes générations.

La pop thaïlandaise, la T-Pop, à l’instar de la pop japonaise et coréenne, la J-Pop et la K-Pop, se montre ambitieuse. Les groupes pullulent et beaucoup connaissent le succès, d’abord en Thaïlande mais de plus en souvent au-delà des frontières du Royaume.

Marquée par la qualité et la quantité des productions musicales, la Thaïlande est ainsi le leader de l’industrie musicale des pays de l’ASEAN, un véritable modèle créatif pour ses voisins. Petit tour d’horizon de la vibrante scène musicale locale.

Aux origines

Le succès actuel des groupes thaïlandais n’est pas nouveau et s’explique en partie grâce à une longue tradition de musiciens talentueux qui ont légué leur amour de la musique aux jeunes générations.

Dès les années 60 et 70, plusieurs groupes aux tonalités plus occidentales que traditionnelles se démarquent dont les fameux Caravan et Carabao.

Leur style est appelé « เพื่อชีวิต Pua Chiwit », littéralement pour la vie. Ils racontent, via des rythmes lents ou endiablés, le quotidien des gens de la campagne qui forment à l’époque l’immense majorité des Thaïlandais.

A la fin des années 80, une autre légende fait ses débuts : Pongsit Kampee. Il s’inscrit lui aussi dans le style « Pua Chiwit », style qui continue encore aujourd’hui à faire sa renommée.

Dans les années 90 apparaissent des groupes plus contemporains, plus urbains. Des gens de la ville, parfois des bidonvilles tel Seksan Sukpimai, la voix et le guitariste du groupe Loso, amènent un nouveau souffle au rock thaïlandais.

Au côté de Loso débutent d’autres groupes aujourd’hui mythiques tel Paradox, Fly, Moderndog, Smile Buffalo ou même Pause, dont le chanteur Joe, le Jeff Buckley local, se suicidera à l’apogée de sa carrière suite à une déception amoureuse.

Le début des années 2000 amène un tournant avec des jeunes groupes qui enchainent les tubes tel Silly Fools, Big Ass, Potato, Instinct ou Bodyslam, dont le chanteur Atiwara “Toon” Kongmalai n’est autre que le neveu de Aed Carabao.

https://youtu.be/4krfML6YHk0

L’amour, l’amour et l’amour

Cette période marque le début de l’envolée commerciale de la pop-rock thaïe grâce à des ressorts commerciaux bien rodés, un rock énergique ou langoureux, des refrains bien calibrés et surtout des paroles censées toucher en plein cœur.

Ces chansons abordent en effet trois thèmes principaux : l’amour, l’amour et l’amour. L’amour sous toutes ses formes, l’amour heureux mais plus souvent l’amour déçu et déchu, l’amour non partagé ou l’amour trompé.

Aujourd’hui encore, ce sont ces recettes qui font le succès des groupes thaïs tandis que les tubes du début des années 2000 continuent d’être régulièrement joués dans la plupart des bars thaïlandais.

Une pop thaïlandaise éclectique

Plusieurs genres se démarquent à l’heure actuelle au sein de ce qu’on pourrait définir comme la pop thaïlandaise.

Il y a d’abord les groupes de Luk Tung (ลูกทุ่ง) et ceux qui s’inspirent de la pop acidulée venant du Japon ou de Corée, masculins mais surtout féminins, notamment via le label RSiam.

Avec des paroles émancipatrices, provocatrices ou rétrogrades selon les points de vue, ces girls ciblent les adolescents et jeunes adultes grâce à des chorégraphies endiablées, une boite à rythme au cordeau et des clips musicaux bling-bling.

Ces groupes de Luk Tung au style très thaïlandais et aux influences coréennes de plus en plus marquées visent à concurrencer à moyen terme la K-pop dans l’ASEAN en devenant un véritable outil de promotion culturelle.

Il y a également tout ce répertoire de chansons légères, voire un peu coquines ou humoristiques, qui viennent rompre les clichés d’une Thaïlande polie, pudique et traditionnelle.

Dans cette catégorie, le dernier succès en date de Jess Spouknik est le parfait exemple. Humoriste qui s’essaie à la chanson, son clip musical haut en couleur et ses 130 millions de vues sur Youtube peut être vue comme la réponse du Sabaï Sabaï au succès planétaire du coréen Psy et son Gangnam Style.

Plus intéressant, il y a toute une génération, au-delà des seuls labels indépendants, de musiciens assez populaires qui sonnent étonnamment frais aux oreilles européennes.

Citons The Richman Toy et son chanteur hyperactif, Greasy Cafe et son leader charismatique, les mélodies de Singto Namchok, la mélancolie de Singular, la pop-rock de Lomosonic, Musketeers ou 25 hours, les chansons très années 80 de Polycat ou encore, dernière sensation en date, le mélange étonnant de Hip-Hop et de chants plus traditionnels de Poujan Longmike (PMC).

Les rois de YouTube, les rois de la Pop

Plusieurs groupes thaïs sont de véritables emblèmes de la musique locale, cumulant les succès dans le pays et tentant de se faire connaitre dans les contrées voisines. Ils sont l’étendard de la T-pop mais aussi ce qui fait la spécificité de celle-ci par rapport à la K-pop ou la J-pop.

Ils usent en effet moins du tape-à-l’œil de ces derniers en privilégiant des mélodies qui font mouche avec une thématique universelle, l’amour, ou plus exactement le drame amoureux.

Comme peu de monde parle thaï hors du Royaume, le meilleur moyen de s’exporter passe alors par la vidéo. Les paroles, parfois traduites, font alors sens pour les étrangers qui peuvent apprécier la mélodie tout en s’identifiant au petit film des clips musicaux.

Ainsi, le succès musical en Thaïlande se mesure, non pas en bahts ou en nombre de disques vendus, mais bel et bien en nombres de vues sur YouTube, les labels récoltant leur part du gâteau via les revenus publicitaires.

Selon cette logique, parmi les dizaines de groupes actuels, la palme revient à Labanoon. En seulement six mois, leur nouveau clip a déjà atteint près de 230 millions de vues, ce qui équivaudrait à ce que chaque Thaïlandais ait regardé trois fois cette vidéo !

Par ailleurs, ce succès est emblématique de la visée internationale que prend la musique thaïe dans la mesure où il s’agit d’un groupe composé d’amis s’étant rencontrés dans une école musulmane de Bangkok.

Leur musique est typiquement de la pop dramatique thaïlandaise, le chanteur porte un t-shirt bouddhiste (arhant), Labanoon est un mot arabe et leur clip musical, avec en guest star le footballer international Sarach Yooyen, est un vrai petit film dramatique où tous les jeunes de l’ASEAN peuvent s’identifier.

Loin d’être les seuls, d’autres groupes sont au top de la scène musicale locale, au premier rang desquels Bodyslam qui cumule les tubes depuis plus de 10 ans. En additionnant tous leurs clips vidéos, on atteint près de 500 millions de vues.

Big Ass – littéralement grosses fesses, ou encore Getsunova et leur tube ไกลแค่ไหน คือ ใกล้ à 200 millions de vues, sont d’autres acteurs majeurs de la pop thaïlandaise qui fait chanter tout le monde dans les bars et qui n’a pas fini de faire parler d’elle, dans le Royaume et bien au-delà.