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Le voleur de bicyclette

“Le voleur de bicyclette”, joli titre pour – finalement – un personnage plutôt « minable », un peu vantard, un peu usurpateur. Un “farang” français.

“Le voleur de bicyclette”, joli titre pour – finalement – un personnage plutôt « minable », un peu vantard, un peu usurpateur. Un “farang” français.

Je suis venue jusqu’à mon repère de montagne avec mon vélo, (enfin, sur le pick up de mon “chéri”) mon compagnon depuis plus de sept ans. Oh ! pas une de ces cycles de nouveaux riches thaïs, avec tout l’équipement hors de prix qui “va avec” ! non, ma bicyclette est une brave et solide bike, du genre hollandais.

J’aime cette région de montagne près de la frontière birmane depuis mon premier passage ici il y a presque 15 ans, avec Excalibur, un chanteur Isan. Je n’ai cessé d’y revenir pour y découvrir la véritable culture des Karen, de ce peuple fort et droit.

J’ai appris leur histoire : ceux d’ici et ceux de l’autre côté de la frontière, leur combat, leur lutte pour conserver leur identité.

J’ai appris à les différencier : Karen Sgaw, Pwo, Palaung, Padaung. J’ai fait d’une jeune Karen, « Phaw Thi » (fleur d’eau en karen), « Lotus », un des personnages central de mes deux romans « Théâtre d’ombres » et « Là où s’arrêtent les frontières ».

Avec mes différents guides Karen : Salaween (un drôle de lascar), le séduisant Krissada, Phiak, dont la moto plus âgée que lui n’a pas de cale-pied, An Sarot le thaï amoureux de culture Karen et puis dernièrement Jammes, j’ai crapahuté avec eux sur tous les chemins de montagne et de jungle et à toutes les saisons : vertiges, émotions. Ils méritent mon admiration et davantage encore.

Revenons à ma bike. Il y a trois jours, après une balade au coucher du soleil, je la dépose devant la « Northwest » pour discuter avec la propriétaire que je connais depuis 10 ans, Thoukhata (Poupette).

Je croise une jeune française, qui porte un sac à dos plus lourd qu’elle.

On se parle. Je l’invite à partager mon dîner au « Sawasdee » restaurant en face de la Northwest, lieu de rencontre de nombreux ONG.

On papote. Anaïs a décidé de voyager pendant 6 mois pour savoir qui elle est. Elle n’a pas l’intention de rester plus d’une nuit à Mae Sariang.

Je la convaincs de rester une nuit de plus, de louer une moto avec un guide Karen (fourni par la Northwest), puis je la quitte et oublie ma bicyclette devant la Northwest.

Le lendemain elle n’y est plus. Il n’y a pas de voleurs à Mae Sariang. Alors mon histoire mobilise tout le monde : Dao qui m’emmène faire le tour des guesthouses, Alain, le boxeur fait de même avec sa moto, Phiak se mobilise aussi.

Le Français, vantard, minable, voleur et M. Je sais Tout

Rien. J’en parle à Poupette qui me dit : « un Français a pris ton vélo cette nuit, vers 3 heures du matin, après avoir beaucoup bu. Comme je lui posais la question : ce vélo est à vous ? il a répondu « oui, je la ramène à ma guesthouse ».

Ce Français a bu toute la soirée en compagnie de la petite française qui a dû lui faire part de son intention de louer un guide.

Le « monsieur je sais tout français » l’en a dissuadée (Poupette ne comprend pas, mais elle connaît toutes les habitudes des backpackers).

Elle me dit :

« le Français a fait comprendre à la petite que louer un guide pour la journée c’était trop cher, que lui, le Français, allait louer une moto, et qu’elle allait voir ce qu’elle allait voir.

Pour 200 bahts seulement, 100 baths en partageant, qu’il allait lui montrer les villages karen, la montagne etc.

Et le lendemain le vantard emmène Anaïs sur une moto louée à la « Northwest » en y laissant photocopie de son passeport.

Poupette me communique donc les coordonnées du français. Au cas où…

Et me demande de la laisser régler le problème de la bicyclette.

En fin de journée les deux Français reviennent de leur balade. « Alors c’était comment ? “demande Poupette. « On n’a fait que du bitume » répond la fille. « Rien vu ». Pas étonnant !

Puis Poupette demande au type : « Et le vélo de la nuit dernière ? » Le français fait celui qui ne comprend pas…

« euh ? le vélo ? »

« Oui, le vélo de mon amie Khun Michèle » insiste poliment Poupette. Le français en oublie son anglais, mais se sent piégé. Il ne dit rien, et la nuit venue, vient déposer discrètement le vélo devant la Northwest et disparaît.

Non il n’y a pas de voleur de bicyclette à Mae Sariang, ce serait trop romantique. Mais un minable vantard et un peu malhonnête qui s’est improvisé guide. Mauvais démarrage pour la petite, j’espère qu’elle aura plus de flair dans l’avenir.

On n’a rien sans rien, ici plus qu’ailleurs. « Tout se paye dans la vie » pour paraphraser Céline.

Par Michele Jullian

Une première vie a Calais, une deuxième vie a Paris (France-Inter, télévision et écriture) une troisième vie en Thaïlande (écriture d'un blog et de romans). Avec des voyages : autour du monde avec mes enfants, ou presque toujours en solitaire, comme le chantait si bien Gerard Manset...