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Edito

Slumdogs Ferrari millionaires

En l’espace de quelques mois trois accident de voiture en apparence similaires, ont déclenché des réactions incendiaires à Bangkok Beijing et Singapour, trois capitales au cœur du continent asiatique. Qu’avaient-il en commun ? Une Ferrari, des victimes innocentes et un mélange dévastateur de vitesse et d’inconscience.

Normalement les accidents de voiture sont plutôt destinés à rester cantonnés dans la rubrique des faits divers. Mais lorsqu’ils impliquent un cocktail détonant d’argent de puissance et de mort, il arrive parfois que la nouvelle progresse jusqu’à la une des médias.

En l’espace de quelques mois trois accident de voiture en apparence similaires, ont déclenché des réactions incendiaires à Bangkok Beijing et Singapour, trois capitales au cœur du continent asiatique. Qu’avaient-il en commun ? Une Ferrari, des victimes innocentes et un mélange dévastateur de vitesse et d’inconscience.

Tragique fait divers, ou révélateur de l’arrogance des grandes familles thaïlandaises ?

Mais à chaque fois c’est surtout le caractère révélateur du comportement des personnes impliquées dans ces accidents qui a provoqué la réaction de la presse et du public.

Le sentiment d’impunité des grandes familles thaïlandaises

En Thaïlande c’est le sentiment d’impunité des riches thaïs qui a immédiatement été épinglé par le comportement du riche héritier de la famille Yoovidhya  (fondateur de Red Bull), qui a pris la fuite après avoir percuté un policier à moto au volant de sa Ferrari.

A Singapour c’est le sentiment nationaliste anti chinois qui a mis le feu aux poudres après que la Ferrari d’un riche investisseur chinois nommé Ma Chi  (c’est-à-dire originaires de la république populaire de Chine et non de Singapour) a percuté un taxi à près de 200 km/h, tuant sur le coup le chauffeur et sa passagère, une touriste japonaise.

Le crash a déclenché un vif débat sur l’ensemble des résidents étrangers fortunés (surtout chinois) qui sont venus s’installer récemment dans la cité État.

Un symbole de réussite en Asie

Les voitures de sport sont devenues un symbole de statut social presque banal parmi les nouveaux riches de l’Asie: ils sont de plus en plus nombreux, et de plus en plus riches, symbolisant l’immense richesse qui a été créé (au moins pour certains) au cours de la dernière décennie.

Alors que les riches self-made man, sont souvent respectés en Asie, la richesse qui découle des relations politiques ou de l’héritage est de plus en plus critiqué.

Lorsque le petit-fils de Chaleo Yoovidhya , le milliardaire fondateur de la boisson énergétique Red Bull et troisième fortune de Thailande, a percuté une moto  au volant de sa Ferrari noire à Bangkok à 5 h du matin à près de 100 km/h, son premier réflexe a été de prendre la fuite, de rentrer chez lui et d’envoyer son chauffeur au commissariat pour tenter de lui faire porter le chapeau.

L’ inspecteur de police qui aurait contribué à faire du chauffeur de la famille un bouc émissaire dans l’accident a été “transféré à un poste inactif» et la police a désormais promis une enquête impartiale. Mais entre temps Voyaruth Yoovidhya a été libéré sous caution de 500.000 baht (14.000 euros), probablement beaucoup moins que le montant des réparations nécessaires à la remise en état de la Ferrari.

Au milieu d’un tollé public, le chef adjoint de la police a juré de ne pas se montrer “clément simplement parce que l’enquête implique une riche famille.”

Mais de ce côté-là le doute est permis. Il y a deux ans lorsqu’une jeune fille de 16 ans avait percuté un van au volant de sa Honda civique à plus de 140 km/h tuant neuf personnes avaient finalement été condamné à une peine de prison avec sursis et interdiction de conduire jusqu’à l’âge de 25 ans, alors qu’elle roulait sans permis et en excès de vitesse.

Il va sans dire que la jeune fille en question appartenait à une riche famille de Bangkok, et que finalement la seule chose vraiment étonnante dans cette histoire c’est qu’elle ait été au volant d’une vulgaire Honda, et pas d’une voitures de sport importée d’Europe.

Un autre accident de Ferrari, celui-ci en Chine, a aussi déclenché une violente controverse dans les medias. Selon un article du South China Morning Post, le 18 mars dernier, une Ferrari noire s’est écrasé à Pékin sur un des boulevards périphériques de la capitale. Le pilote, qui était à moitié nu selon le Post, a été tué sur le coup, et ses deux passagères, également peu vêtues toujours selon le journal de Hong Kong, ont été grièvement blessées.

Les détails de l’accident ont été gardés secrets pendant des mois. Mais selon le Post, le nom qui apparaît sur le certificat de décès du pilote (“Jia”) était un faux: le véritable conducteur était Ling Gu, fils de Ling Jihua, un député très proche du président Hu Jintao.

Mais les slumdogs passionnés de vitesse ne sont pas tous des millionnaires. La vitesse fascine, sans distinction de classe et on peut aussi bien se faire peur sur une moto trafiquée à 50000 baht qu’avec une Ferrari qui coute 500 fois plus cher.

La preuve, la cour de Bangkok a prononcé des peines d’emprisonnement fermes d’un mois à l’encontre de 13 jeunes thailandais amateurs de vitesse qui avaient bloqués une avenue de la capitale au milieu de la nuit pour organiser un de leur rodéo clandestins.

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.