Quand les rappeurs font peur au dictateur

La popularité du vidéo clip de "rap contre la dictature" a obligé la police thaïlandaise à faire machine arrière, renonçant à poursuivre les membres du groupe.

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La police thaïlandaise a finalement renoncé à poursuivre les membres du groupe « rap contre la dictature », estimant qu’il n’y avait pour l’instant pas assez de preuves suffisantes pour les incriminer.

Le clip de 5 minutes du groupe Rap Against Dictatorship (RAD) mis en ligne sur YouTube le 22 octobre n’a pas fini de faire parler de lui.

En effet, la vidéo est arrivée rapidement en tête de la liste de téléchargement de la Thaïlande sur iTunes, après les menaces de poursuites judiciaires de la police et du gouvernement contre les membres du groupe.

Le clip qui a enregistré 18 millions de vues en une semaine, affiche maintenant près de 22 millions de vues lors de la rédaction de cet article.

Le clip a également reçu plus de 800 000 avis positifs et 19 000 avis négatifs.

La police cède devant la popularité de Prathet Ku Mee

Devant l’énorme succès de leur chanson « Prathet Ku Mee », la police a décidé de ne pas porter plainte contre les artistes à l’origine du projet Rap contre la dictature.

La police thaïlandaise a fait machine arrière aujourd’hui, de manière assez inattendue, après avoir menacé les membres du groupe de cinq années de prison,

 » Au moins pour l’instant, il est légalement acceptable de chanter, d’écouter ou de partager la chanson de rap controversée, « Prathet Koo Me » parce qu’il n’y a jusqu’à présent aucune preuve pour justifier des accusations contre les responsables de l’écriture et de la production du clip « ,

a déclaré le Général de Police Sivara Rangsibrahmanakul

Cependant, le chef adjoint de la police a déclaré qu’il déposerait une plainte personnelle contre les rappeurs pour l’avoir accusé d’avoir tenté de les arrêter ou de les convoquer, et pour avoir fait de fausses accusations concernant l’affaire de la panthère noire qui est devant les tribunaux.

« Cela a nui à ma réputation et a créé un malentendu dans le public », a-t-il dit.

Le Général Surachate, « Big Joke », directeur adjoint du centre de la criminalité technologique, a quant à lui posté sur son Facebook personnel qu’à notre époque, tout le monde a le droit d’exprimer son opinion sur tout :

« Ceux qui croient que ce genre de liberté d’expression pourrait nuire au pays ou blesser les sentiments de la population devraient également comprendre que les poursuites doivent être fondées sur des faits.

Les artistes doivent être traités équitablement pour que tout se règle sans heurts « , a-t-il écrit dimanche dernier.

Le groupe RAD se protège

Pour se protéger, les artistes ont désactivés les commentaires sous la vidéo.

« Après avoir consulté une équipe juridique du Centre thaïlandais des avocats pour les droits de l’homme, nous sommes préoccupés par les commentaires sur la vidéo, qui ont atteint 70.000. « 

« Plusieurs commentaires pourraient être considérés comme violant non seulement les lois contre les infractions mineures, mais aussi le Code criminel. L’équipe juridique nous a donc suggéré de désactiver les commentaires, sinon, ils pourraient nous affecter à l’avenir.  »

Selon la loi thaïlandaise, l’hôte d’une plate-forme de commentaires publics pourrait être tenu responsable de diffamation ou d’autres infractions plus graves s’il n’agit pas assez rapidement pour supprimer des messages jugés diffamatoires ou contraires à la loi.


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Zoé Cazaubiel
Journaliste stagiaire, étudiante à l'ISCOM
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