Bien qu’il s’agisse d’une industrie dont le chiffre d’affaires se compte en milliards de bahts, le commerce du sexe reste une activité clandestine en Thaïlande.

Les travailleurs du sexe sont traités comme des criminels : en plus de souffrir de stigmatisation sociale, ils n’ont pas accès aux droits du travail et aux prestations sociales.

La Thaïlande est connue dans le monde entier pour son énorme industrie du sexe. Pourtant, il n’existe pas de statistiques officielles sur les travailleurs du sexe permettant d’élaborer des politiques appropriées.

3% du produit intérieur brut

Selon une étude réalisée en 2015 par Havocscope, une société de recherche qui étudie les marchés noirs, il y avait environ 13,8 millions de travailleurs du sexe dans le monde. La Thaïlande compterait environ 250 000 travailleurs du sexe, se classant en huitième position dans l’industrie mondiale du sexe.

Argent dépensé pour la prostitution par pays

  1. Chine : 73 milliards de dollars
  2. Espagne : 26,5 milliards de dollars
  3. Japon : 24 milliards de dollars
  4. Allemagne : 18 milliards de dollars (industrie légale)
  5. États-Unis : 14,6 milliards de dollars
  6. Corée du Sud : 12 milliards de dollars
  7. Inde : 8,4 milliards de dollars
  8. Thaïlande : 6,4 milliards de dollars
  9. Philippines : 6 milliards de dollars
  10. Turquie : 4 milliards de dollars

Source : Havoscope

Nombre de prostituées par pays

  1. Chine : 5 millions
  2. Inde : 3 millions
  3. États-Unis : 1 million
  4. Philippines :: 800 000
  5. Mexique : 500 000
  6. Allemagne : 400 000
  7. Brésil : 250 000
  8. Thaïlande : 250 000
  9. Bengladesh : 200 000
  10. Corée du Sud : 147 000

La société de recherche a estimé que la prostitution représentait environ 6,4 milliards de dollars par an en Thaïlande. C’est environ 3% du produit intérieur brut du pays, une énorme contribution économique, mais il n’a pas été compté et reconnu dans le système économique thaïlandais.

Une activité illégale

La prostitution étant illégale en Thaïlande, la principale main-d’œuvre de cette activité économique – les travailleuses du sexe – sont traitées comme des criminelles et passible d’amendes et d’emprisonnement.

Le nœud du problème est la loi de 1996 sur la prévention et la répression de la prostitution.

En vertu de cette loi, les travailleuses du sexe sont condamnées à une amende pour flâner dans des lieux publics. Si elles annoncent leurs services ou se rassemblent dans un établissement de prostitution pour vendre du sexe, elles sont passibles d’amendes et/ou d’emprisonnement.

Quatre arrestations en 6 mois

Compte tenu de l’énorme industrie du sexe du pays, la police devrait être très occupée à arrêter les travailleuses du sexe. De janvier à juin 2021, cependant, seules quatre travailleuses du sexe ont été arrêtées. C’est la preuve que la loi visant à criminaliser le travail du sexe ne fonctionne pas et, par conséquent, n’est pas nécessaire.

Le maintien de cette loi futile coûte cher. Faire du travail du sexe un crime coûte de l’argent aux contribuables pour payer la police, et les tribunaux pour appliquer la loi qui ne sert à rien. En outre le fait de garder l’industrie du sexe dans la clandestinité crée de nombreuses opportunités de corruption.

Pendant ce temps, les femmes dans le commerce de la chair sont privées de l’accès à la protection juridique, aux droits du travail et aux possibilités d’améliorer leur qualité de vie.

En Inde le gouvernement vise à éradiquer la prostitution. Pourtant, le travail du sexe privé n’est pas illégal. Solliciter des relations sexuelles publiquement ou posséder un bordel l’est. Le gouvernement a également une politique visant à soutenir la formation professionnelle des travailleuses du sexe afin qu’elles puissent démissionner et recommencer une nouvelle vie.

Comme la Thaïlande, la France veut éradiquer la prostitution, mais la loi ne considère pas les travailleuses du sexe comme des criminels. Au lieu de cela, il traite les travailleurs du sexe comme des victimes de la traite des êtres humains qui ont besoin d’une aide sociale et financière.

Liberté de choisir

Les pays qui soutiennent l’enregistrement de la prostitution en tant que profession légale partagent un point de vue similaire : la liberté de choisir une profession et le droit de travailler. Les autorités de l’État peuvent ne pas soutenir le choix d’une personne de se prostituer, mais elles ne le supprimeront pas à moins qu’elle ne se livre au crime de traite des êtres humains.

L’Allemagne, par exemple, autorise le travail du sexe consenti et offre une protection juridique du gouvernement de l’État. Cependant, les travailleurs du sexe doivent s’enregistrer auprès des autorités de l’État et payer des impôts en tant que travailleurs indépendants.

La prostitution à Singapour est également légale, mais les opérations sexuelles commerciales doivent se dérouler dans des zones spécialement désignées. Le gouvernement interdit aux travailleuses du sexe de gérer et de posséder un bordel à moins qu’elles ne reçoivent des permis légaux du gouvernement.

La Thaïlande devrait elle aussi aller de l’avant pour dépénaliser la prostitution.

D’abord et avant tout, le gouvernement doit modifier la loi de 1996 sur la prévention et la répression de la prostitution.

Si ce projet de loi vise à réduire la taille de l’industrie du sexe, il existe de nombreuses façons d’atteindre cet objectif sans recourir à des sanctions légales et à la criminalisation. Le droit n’est pas le seul outil pour lutter contre les crimes qui découlent des inégalités sociales.

Protéger les droits et la sécurité des travailleuses du sexe

Au lieu de punir les plus petits poissons de la chaîne alimentaire de l’industrie du sexe, les autorités de l’État devraient protéger les droits et la sécurité des travailleuses du sexe, prévenir l’exploitation, améliorer leur santé et créer de nouvelles options de travail durables pour elles.

Il est important de noter que le gouvernement doit recueillir des données et des statistiques réelles sur les travailleuses du sexe et l’industrie du sexe pour élaborer des politiques efficaces. Les travailleuses du sexe ne sont pas seulement des femmes. Beaucoup d’entre eux sont des hommes et LGBTIQA+. Des bases de données précises sont cruciales pour répondre à leurs différents besoins.

Lors du festival Bangkok Nuruemit Pride 2022 récemment, outre les appels au respect de la diversité des genres et de la loi sur le mariage homosexuel, les droits des travailleurs du sexe sont également une autre revendication importante de la communauté LGBTIQA+.

La société thaïlandaise a progressé. Les lois ne devraient plus être liées aux cadres moraux traditionnels pour justifier la supériorité morale des conservateurs au détriment de la compassion et des droits de l’homme.

En outre, la loi fondée sur les valeurs traditionnelles finit par aggraver la corruption et intensifier l’exploitation sexuelle.

Les travailleuses du sexe ne sont pas des criminels. Le travail du sexe, est un travail. Les travailleuses du sexe ont le droit d’avoir des droits, la sécurité au travail et le bien-être sexuel. Pour freiner l’industrie du sexe, il faut donner aux personnes dans le besoin les compétences nécessaires pour avoir de meilleures opportunités de vie. L’autonomisation est la réponse. Pas des lois draconiennes. Arrêtez de criminaliser les travailleuses du sexe.

Article par Chattrika Napatanapong et Ratsameechan Saowakhon chercheurs à l’Institut thaïlandais de recherche sur le développement (TDRI).

Rédaction Bangkok

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La rédaction de thailande-fr est située à Bangkok et est constituée de journalistes pigistes et de stagiaires

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