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Les cent jours de l’opposition thaïlandaise

Depuis le 31 octobre 2013, date la première manifestation contre la loi d’amnistie (qui sera votée le lendemain), le mouvement anti-gouvernemental a profondément évolué, passant par plusieurs phases avant d’atteindre probablement ces derniers jours son point culminant avec le « shutdown » de Bangkok.

Depuis le 31 octobre 2013, date la première manifestation contre la loi d’amnistie (qui sera votée le lendemain), le mouvement anti-gouvernemental a profondément évolué, passant par plusieurs phases avant d’atteindre probablement ces derniers jours son point culminant avec le « shutdown » de Bangkok.

A peu de choses près la date fixée pour les prochaines élections, le 2 février, correspondra aux 100 jours de mobilisation de l’opposition anti gouvernement commencée la veille du vote de la loi d’amnistie.

D’ici là, le sort de Suthep et de son  mouvement sera probablement scellé de manière assez tranchée, à moins qu’un compromis soit trouvé entre temps.

« Bangkok Shutdown » : les limites d’une stratégie insurrectionnelle

Sans pour autant être un échec, la « fermeture de Bangkok » n’est pas non plus le succès attendu en terme de mobilisation, qui aurait pu conduire à une véritable paralysie de Bangkok. Le gouvernement est certes ralenti dans son fonctionnement, mais il n’est pas paralysé en dépit des menaces et des ultimata répétés des manifestants.

De ce point de vue il risque d’y avoir un décalage croissant entre l’intransigeance absolue de Suthep et le rapport de force objectif sur le terrain.

Suthep doit donc maintenant faire face aux risques d’enlisement d’un coté, et de débordement sur sa gauche de l’autre (voir les menaces récentes sur AeroThai et la bourse de Bangkok).

La composition de la foule qui occupe les divers points stratégiques de Bangkok n’est pas non plus la même que celle des Chemises Rouges qui occupèrent le centre de Bangkok pendant plusieurs mois sans faiblir.

Les grognards de Suthep ne sont pas les même que ceux de Thaksin. La foule des meetings est beaucoup plus diversifiée, constituée de classes moyennes, employés et fonctionnaires,  qui vivent à Bangkok ou dans sa proche banlieue, mais aussi de petites gens du sud, un fief traditionnel du Parti Démocrate. Cette foule est aussi moins bien armée pour une siège de longue durée. Contrairement aux Chemises Rouges qui avaient été transportés en masse de leurs villages en provinces, la plupart des manifestants du PDRC rentrent chez eux le soir.

Un programme qui manque de clarté

C’est peu être là le principal handicap de l’actuel mouvement : sa focalisation sur le « clan Shinawatra » et en particulier sur la démission de l’actuel Première ministre Yingluck n’offre pas de perspective crédible et de projection à long terme.

Suthep et le Parti Démocrate refusent de participer aux élections et réclament la nomination d’un « Conseil du peuple », formé par des « gens biens » qui auraient 18 mois pour réformer le pays.

Le programme en lui même est assez singulier, mais il devient un tantinet surréaliste quand on ne sait rien sur le recrutement et la composition de ce « conseil du peuple » ni sur le contenu des réformes à mettre en place.

Le rejet du processus démocratique en lui même est déjà un pari difficile à tenir, mais vouloir le remplacer par un programme qui manque à ce point de lisibilité risque d’être problématique.

Comme l’a bien résumé le personnage historique des Cent Jours , « Du sublime au ridicule il n’y a qu’un pas ».

Olivier Languepin

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

1 réponse sur « Les cent jours de l’opposition thaïlandaise »

analyse complète et objective ! que Suthep réponde des ses erreurs et que tout le monde se remette au travail ce Pays mérite mieux que cela !

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