Nous sommes deux expats de longue date en Thaïlande, plus de dix ans chacun, vingt ans et plus à nous deux, des années bien remplies et riches d’expérience. Comme tout le monde nous les avons connues ces filles, elles nous ont fait rêver comme elles savent si bien le faire.

J’ai rencontré Ying dans sa maison de Bangkok où elle vient passer un mois par an pendant les vacances scolaires en France. Elle y retrouve toute sa famille et ses amis. Son mari vient la rejoindre les quinze derniers jours et ils repartent tous ensemble une fois les vacances finies.

C’est une jeune femme de trente et un ans épanouie dans son corps et dans sa vie. Elle a deux enfants, un pur Thaï et un moitié Thaï, moitié farang.

– Ton cas n’est pas banal parce que de toutes celles que j’ai interrogées tu es la seule à ce jour, à rayonner de bonheur et à avoir réussi ton passage des bars à la vie normale. Comment as-tu fait ?

– Je ne suis pas restée longtemps dans les bars. J’avais fini mes études c’est-à-dire que j’étais arrivée à l’équivalent de la troisième en France. Les filles ici n’ont pas souvent la possibilité d’aller plus loin parce que les parents ne peuvent pas payer les études et les garçons sont prioritaires, alors c’est mon frère qui a continué. Il est plus jeune et moins travailleur que moi mais c’est comme ça dans mon pays.

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J’ai travaillé d’abord à Kon Khaen quand j’avais quinze ans, dans une fabrique de vêtements pour enfants. Je faisais le ménage et la cuisine pour la famille du patron et certaines ouvrières. J’ai ensuite un peu appris à travailler sur les machines quand les ouvrières étaient parties. Comme je logeais chez mes patrons et que les ouvrières quittaient l’usine vers huit heures le soir j’avais le temps de m’essayer. Je suis restée un an dans cette usine, ma mère venait prendre mon salaire auprès de mes patrons tous les mois pour payer les dépenses de la maison.

Au bout d’un an, comme je ne gagnais pas beaucoup à Kon Khaen, je suis descendue à Bangkok. Mes patrons avaient des amis qui faisaient tourner une grosse usine de vêtements pour enfants et ils m’ont fait une recommandation. Je n’étais jamais sortie de ma campagne et je ne parlais que l’Isaan. Les six premiers mois je n’ai pas mis le nez en dehors de l’usine. Je travaillais dans les ateliers à faire des coutures et à faire du contrôle de qualité et je dormais soit sous les machines, comme beaucoup d’autres, soit dans un genre de dortoir.

Un dimanche je suis sortie pour voir la ville, j’ai visité les temples de Wat Po et de Wat Pra Keo. C’était magique ! Je ne connaissais que le temple de mon village. Le dimanche suivant je me suis enhardie et je suis allée à Ma Boon Krong. J’étais émerveillée de voir autant de choses. Et c’était si grand ! Je commençais à bien parler le Thaï et je faisais moins godiche qu’au début. J’étais toujours vierge…

A suivre sur Livres de Thailande

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