Les liens du territoire de la Thaïlande actuelle avec l’hindouisme sont millénaires suite à l’indianisation de l’Asie du Sud-est et la domination successive de ces contrées par les civilisations dvâravatî, khmer puis thaï.

On retrouve aujourd’hui cet héritage dans les ruines de somptueux temples dédiés à des dieux hindous tel Phanom Rung à Buriram et Sdok Kok Thom à Aranyaprathet, tous deux construits en l’honneur de Shiva, ou encore le Prang Khaek en plein centre de Lopburi.

Plus généralement, en se mélangeant avec l’animisme local et le bouddhisme, beaucoup du fond culturel, religieux et mythologique de la Thaïlande renvoient à l’Inde, ses légendes et ses nombreuses divinités.

L’emblème national de la Thaïlande (Phra Khrut Pha), que l’on retrouve sur tous les documents officiels (passeports, billets de banque, quasiment tous les documents publiés par le gouvernement), représente l’homme-oiseau Garuda qui est aussi la monture du dieu Vishnou dans la mythologie hindouiste.

Le brahmanisme et la monarchie thaïlandaise

Le système monarchique en Thaïlande, inspiré de certains rois du Royaume d’Angkor, suit toujours le précepte de Devaraja, c’est-à-dire du dieu-roi.

le Garuda, est issu de la mythologie hindouiste
L’emblème national de la Thaïlande, le Garuda, est issu de la mythologie hindouiste

Selon ce concept, se basant autant sur la mythologie brahmanique que bouddhique, le roi est roi parce qu’il possède le sang royal de sa lignée, qu’il est considéré comme une incarnation du dieu Vishnou, – rapports à l’hindouisme –, et qu’il est un Bodhisattva accomplissant des mérites – rapport au bouddhisme.

Celui qui couronne le roi et qui conduit les principaux rituels au palais royal n’est ainsi pas un moine bouddhiste mais un brahmane, c’est-à-dire un religieux hindou appartenant à la caste des prêtres.

Portant le nom honorifique de Phara Rajaguru Vamadevamuni, il est l’héritier d’une longue lignée de brahmane qui a servi les précédents rois de la dynastie des Chakri.

Ce prêtre est basé dans un temple discret du nom de Dhevasathan sur l’île de Rattanakosin, à côté du Wat Suthat. Construit par Rama I, ce sanctuaire est un lieu spirituel et mythologique extrêmement important pour la monarchie.

Ce complexe ouvert au public abrite trois représentations des principaux dieux hindous dans un style thaï unique: Shiva, Ganesh et Vishnou. Du fait de leur caractère historique et symbolique pour le Royaume, il est strictement interdit de les photographier.

Le Ramayana indien à la base de l’épopée nationale

Plusieurs aspects historiques du Royaume renvoient inexorablement à des branches de l’hindouisme.

L’ancienne capitale Ayutthaya fut par exemple nommée d’après Ayodhya, ville sainte de l’hindouisme située dans l’Etat de l’Uttar Pradesh en Inde.

Ayodhya fut la capitale d’un royaume gouverné par un certain Rama, l’une des incarnations (avatar) du dieu Vishnou. Rama, Praram en thaï (พระราม), est également le nom par lequel on distingue les neufs rois de la dynastie des Chakri en Thaïlande, eux-mêmes des incarnations de Vishnou.

L’emblème de la monarchie thaïlandaise est en fait la superposition de deux armes divines hindouiste: le Chakra, sorte de disque dentelé destiné à être lancé contre l’ennemi, utilisé par Vishnou, et le Trisula, un trident qui est l’arme de Shiva.

L'emblème de la monarchie thaïlandaise est en fait la superposition de deux armes divines hindouiste
L’emblème de la monarchie thaïlandaise est en fait la superposition de deux armes divines hindouiste

Écrite en sanskrit, la vie du Rama indien a été racontée dans l’épopée Ramayana, dont il existe plusieurs versions en Asie du Sud-est, par exemple le Reamker au Cambodge ou le Kakawin Ramayana sur l’île de Java.

En Thaïlande, la version locale du Ramayana, écrite sous l’ère de Rama I, se nomme Ramakien, littéralement la Gloire de Rama.

L’histoire, les principaux personnages et les divinités hindoues restent les mêmes mais l’épopée fut transférée dans le contexte historique et culturel thaï. Au Wat Phra Keaw, le temple royal, on peut observer des fresques dépeignant l’histoire issue du Ramakien.

La balançoire géante, rituel brahmanique

Autre exemple étonnant des croyances issues du système religieux hindou à Bangkok, la balançoire géante (Giant Swing – Sao Ching Cha), en face du temple de Wat Suthat, n’est pas une structure bouddhique, encore moins de l’art contemporain ou un Torii japonais, mais une représentation d’un mythe brahmanique.

Construite deux ans après la création du Royaume de Rattanakosin en 1784, la structure en teck fut plusieurs fois remplacée. Celle actuellement en place fut inaugurée fin 2006 et mesure 21 mètres de haut.

Autrefois utilisée comme véritable balançoire géante pour célébrer l’arrivée symbolique de Shiva et Vishnou sur terre une fois par an, la structure devrait à nouveau être le théâtre de ces impressionnants rituels brahmanique s’il l’on en croit les propos du gouverneur de Bangkok.

Des divinités hindoues omniprésentes

Au-delà des rites, de l’histoire et des croyances brahmaniques qui peuplent l’imaginaire national, les divinités hindoues bénéficient d’une forte popularité dans la population.

Se mélangeant allégrement au bouddhisme, ces croyances coexistent sans peine pour former un système religieux cohérent, basé sur les mérites, la dévotion et la foi.

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Le sanctuaire d’Erawan à Bangkok : les Thaïlandais et les touristes y vénèrent Phra Phrom, la représentation locale de Brahma.

Ainsi, rien qu’à Bangkok, on compte des centaines de petits sanctuaires représentant des divinités hindoues où les Thaïlandais viennent se recueillir et prier pour leur bonne fortune.

Le plus connu de tous est le sanctuaire d’Erawan, situé en plein quartier d’affaires. Les Thaïlandais et les touristes y vénèrent Phra Phrom, la représentation locale de Brahma.

Suite au terrible attentat d’août 2015, il n’a pas fallu une semaine pour que Erawan Shrine retrouve sa splendeur et ses fidèles.

D’autres sanctuaires ne désemplissent jamais tel celui à la sortie de la station de métro Huay Kwang, en l’honneur de Ganesh, le dieu éléphant du panthéon hindou. Étant la divinité de l’éducation et de la connaissance, ce sanctuaire est prisé par les étudiants.

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