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Certains conducteurs, scotchés à leur téléphone portable, une main sur le volant et l’esprit ailleurs, semblent tout droit sortis de Wall Street

En Thaïlande, aller du point A au point B tient plus à un exercice de sagesse bouddhique que d’une science exacte. Oui, le passager en particulier devra puiser en sa foi, faire confiance au destin et à sa bonne étoile. Jetez-vous donc à corps perdu dans les bouchons de Bangkok à 17 h 30, n’importe quel jour de la semaine, ou testez un bus non climatisé en Isan au milieu du mois d’avril, vous serez fin prêts à intégrer un bon vieux précepte : la souffrance et le doute font partie de la vie.

Les bus de la capitale ne connaissent pas la notion d’horaires. Il n’est donc pas surprenant de voir trois bus de la même ligne qui se suivent fièrement vous filer sous le nez, vous laissant poireauter pendant une heure. Ils avaient jusqu’à peu pour habitude de s’arrêter n’importe où, mais semblent avoir compris l’intérêt des arrêts.

Les bus et les songtaew des villes de province, quant à eux, n’ont pas d’arrêts fixes : il suffit de faire un signe. Dans de nombreuses villes comme Chiang Mai et Surat Thani, vous pouvez emprunter un taxi collectif ou songtaew. Ils suivent des itinéraires improvisés, composés à la va-vite selon les destinations de tous les passagers.

Loi de Murphy oblige (la tartine qui tombe toujours côté beurre), vos chances de descendre en dernier augmentent si vous grimpez en premier. Les prix sont proportionnels à la distance.

 Un chauffeur de taxi qui se gratte la tête est très souvent perdu.

Le taxi à Bangkok est plutôt simple d’utilisation mais il est acquis que certains conducteurs ont une connaissance limitée des rues et ils risquent de confondre Phromphong avec Phatpong. Une solution pour éviter l’hypothermie et la crise cardiaque, consulter la rubrique « Expressions utiles » de ce guide ! Demandez à votre hôtel de vous écrire en thaï le nom de votre destination.

Il y a de quoi être protégé. En même temps, tous ces grigris ont tendance à obstruer le champ de vision du chauffeur ! Photo: Bangkok Taxi Addict at http://lifeinmovingvehicle.blogspot.com

Autre conseil, soyez attentifs au langage corporel : un chauffeur qui se gratte la tête est très souvent perdu.

Les bus longue distance au départ de la capitale n’ont aucun intérêt : ils partent à l’heure. Entre provinces ou régions, ils ont en revanche beaucoup à offrir à ceux qui ont des tendances masochistes.

La plupart des petites et moyennes villes possèdent une gare routière qui distille une sympathique ambiance de retard. Parfois les bus sont tellement en retard qu’il est difficile de savoir si le dernier est très en retard ou le premier très en avance. C’est avec une vive émotion que nous vous informons du caractère imprévisible des transports en commun. Un seul mot d’ordre : la flexibilité dans le voyage !

L’homme derrière le volant

S’il y a une chose à redouter dans les transports en commun, c’est bien le conducteur. Sautez dans un bus à Bangkok ou en province, ce personnage imprévisible fera de vous ce qu’il entend. Il existe deux types de conducteurs, des conducteurs polis, auxquels nous ne donnons pas suffisamment de crédit, et les autres : ils ne sont pas juste mauvais, ils sont terriblement mauvais.

Certains conducteurs, scotchés à leur téléphone portable, une main sur le volant et l’esprit ailleurs, semblent tout droit sortis de Wall Street

Ils conduisent à toute vitesse, font la course, se doublent en utilisant la file d’en face – vous avez vu une ligne blanche vous ? – puis accélèrent d’un coup avant d’agresser la pédale de freins avec une violence telle que les passagers roulent et boulent sous le siège voisin. Malheureusement, ce type de chauffeurs n’est pas un groupe minoritaire à Bangkok.

« Mon cousin doit aller à l’école », nous explique gentiment un chauffeur de province. La conduite « à la thaïlandaise » est une bonne illustration de la zénitude nationale. Les conducteurs s’arrêtent quand bon leur semble, le temps d’une boisson énergisante par exemple, et n’hésitent pas à faire un énorme détour pour récupérer ou déposer des proches.

Dans le Nord de la Thaïlande, au beau milieu de la route 1095 – tortueuse à souhait – un conducteur s’est rabattu sauvagement pour acheter des pousses de bambou vendues par des villageois.

Ceci peut être charmant si vous êtes de bonne humeur ou que vous avez tout votre temps. Regardez autour : aucun passager ne semble agacé par un tel comportement, de quoi vous demander si vous n’êtes pas un peu bizarre, alors que vous préparez nerveusement vos doléances.

Certains conducteurs, scotchés à leur téléphone portable, une main sur le volant et l’esprit ailleurs, semblent tout droit sortis de Wall Street. Parfois les pilotes de moto- taxi se prêtent également au jeu. Glissant le combiné sous leur casque, ils stabilisent le véhicule avec une seule main, ce qui est illégal, mais en même temps… personne semble n’y prêter attention !

T’as vu un peu comme il m’a klaxonné ?

Les conducteurs thaïlandais s’en donnent à cœur joie niveau klaxon, et leur symphonie est la plupart du temps synonyme de salutations. Sur les routes tortueuses du Nord, ils s’en servent pour prévenir les autres automobilistes de leur présence. Mais pas seulement : si vous êtes suffisamment attentifs, vous apercevrez peut- être un des petits autels qui jalonnent le bord de la route.

Le klaxon est donc aussi une manière de témoigner leur respect pour le Bouddha sans avoir à lâcher le volant pour effectuer le wai. Quand il n’y a ni temple ni automobiliste, mais que le conducteur fait là encore chanter son véhicule, vous vous trouvez peut-être dans un site dangereux où beaucoup d’accidents ont eu lieu.

Dans ce cas, c’est une manière de demander aux esprits de les laisser en vie. Rajoutez une ribambelle d’amulettes représentant le Bouddha dans différentes postures et des guirlandes en veux-tu, en voilà, a priori, il y a de quoi être protégé. En même temps, tous ces grigris ont tendance à obstruer le champ de vision du chauffeur !

Et les bons côtés dans tout ça ?

Nous n’insisterons jamais assez : il y a tout de même d’excellents conducteurs, à la fois courtois et compétents, et il serait dommage de renier les transports en commun. De petits challenges ne doivent pas vous décourager. C’est un peu comme manger dans la rue, la manière idéale d’approcher la vraie Thaïlande. Le karaoké VCD qui fait trembler les baffles du bus est un moyen idéal pour partager un instant avec les locaux et découvrir la culture thaïlandaise contemporaine. Le conducteur et ses acolytes vendeurs de tickets peuvent être très aimables et sont souvent prêts à aider.

Thanutvorn Jaturongkavanich


Cet article a été rédigé à partir d’extraits de « Thaïlande – The Natural Guide », guide pour voyager autrement en Thaïlande, publié sous la direction d’Eléonore Devillers.
Disponible en librairies, sur viatao.com  ainsi que sur amazon.fr: Thaïlande, Natural Guide
Lire aussi A chaque jour son Bouddha – thailande-fr.com

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