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Dans la peau d’un Thaï ?

Parler des Thaïs, c’est parler de l’extérieur avec un regard forcément biaisé, car c’est celui de l’étranger formé par une autre culture.

Lorsque le roman que je suis en train d’écrire sera terminé, (d’ici quelques semaines), je me propose de travailler sur  un petit opuscule genre «  La Thaïlande à l’usage de mes petites- filles »*

Seuls les Thaïs ** pourraient parler de leur propre culture – au-delà de l’exotisme apparent, du folklore et de ce qui fascine le touriste – c’est-à-dire de ce qui les constitue : leur moi profond, leur héritage culturel.

Parler des Thaïs, c’est parler de l’extérieur avec un regard forcément biaisé, car c’est celui de l’étranger formé par une autre culture. C’est donc une transcription, une traduction déformée par nos propres valeurs.

Parlons de liberté par exemple  (Il y a un fossé entre notre perception de la liberté  et la leur. เสรีภาพ « Seriphap », ça veut dire liberté mais surtout libre-arbitre –  อิสระภาพ« Issaraphap »*** c’est aussi liberté mais dans le sens d’indépendance.

A chacun sa liberté

La liberté vue du côté de l’occidental et surtout du touriste de passage : c’est prendre pour argent comptant tout ce que le Thaï lui vend :

« Nous sommes un peuple libre : « Thailand » veut dire pays des hommes libres. Nous sommes libres car nous n’avons jamais été colonisés »

(le mot colonisé pourrait déjà être un chapitre à lui seul).

Et le touriste tire les conclusions de ce qu’il voit : Sourire égale gentillesse et douceur. Rites égalent religiosité. Respect des anciens égale société quasi parfaite où chacun est à sa place. Exotisme et folklore !

Demandez ensuite à un Thaï de mettre des mots sur « Seriphap », ou « Issaraphap »  et de vous expliquer ce que ça représente pour lui.

Dur ! Ce sera davantage un ressenti plus qu’une liste de droits et de devoirs. Pas une définition stricte, car « liberté » pour lui est un mot évanescent.

Les Thaïs ne la proclament jamais, ne la réclament jamais (à l’inverse des pays occidentaux). Plus c’est vague plus c’est adaptable à leur vie, à leurs émotions.

Les Thaïs considèrent nôtre liberté comme une « contrainte », quelque chose de positif et de concret mais d’imposé.

La liberté : un espace de confort ou un combat ?

Pour eux c’est plutôt négatif : ne pas avoir mal, ne pas souffrir, ne pas être malade, ne pas être ennuyé, ne pas être dérangé, ne pas avoir peur, ne pas avoir faim, ne pas avoir de problème donc. (sanouk sabaï)

– Pour nous c’est « militer », « lever le poing », « râler », « réclamer », « légiférer » (dur de traduire ça en thaï,  ça ne correspond pas à leur moi profond).  La liberté pour nous est un combat.

– Pour eux, ce n’est sûrement pas se battre (sinon il y aurait déjà le feu au pays), c’est « accepter » que certains soient plus libres que d’autres, c’est payer pour être protéger : corruption, pot de vin, clientélisme… c’est à ça que servent les politiciens, non ?

Ceci étant assuré, les Thaïs pourront tranquillement faire leurs offrandes aux dieux, aux moines et aux statues et ouvrir un commerce demain s’ils le souhaitent sur le trottoir de leur rue, à condition de payer l’électricité. Pas mal ?

Cette liberté-là, c’est juste un espace et non des droits. Un espace de confort pour être sabaï sabaï.

Et si c’est la monarchie absolue ou la dictature absolue qui leur apporte cet espace de liberté-là, alors vive la monarchie ! vive l’armée !

(Voilà pourquoi les prostituées offrent des fleurs aux militaires et ornent les tanks de bouquets : se rappeler du coup militaire de 2006) !

(écrit avec l’aide de mon compagnon thaï, ex « Phan Tho » (lieutenant-colonel)

* j’ai 2 petites filles qui sont look khreung mi thaïe mi française

** Les Thaïs : pour faire simple (c’est plus complexe que ça)

*** Se rappeler de l’histoire Monsieur Issara (liberté)  dans mon roman « Théâtre d’Ombres »

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Par Michele Jullian

Une première vie a Calais, une deuxième vie a Paris (France-Inter, télévision et écriture) une troisième vie en Thaïlande (écriture d'un blog et de romans). Avec des voyages : autour du monde avec mes enfants, ou presque toujours en solitaire, comme le chantait si bien Gerard Manset...

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