Foreign Correspondents’ Club of Thailand (FCCT)
présentation du World Report 2026 de Human Rights Watch au Foreign Correspondents’ Club of Thailand (FCCT)

Coupes de l’aide internationale, répression transnationale et impunité généralisée : lors de la présentation du World Report 2026 de Human Rights Watch au Foreign Correspondents’ Club of Thailand (FCCT), quatre experts ont dressé un bilan alarmant.

La Thaïlande, en raison de sa position ambivalente vis-à-vis du Myanmar et de ses propres tensions internes, s’est imposée comme un point central des discussions alors que la région se prépare à d’importantes échéances électorales au Japon, au Bangladesh et en Thaïlande.

Colère sociale et promesses politiques non tenues : l’éveil de la « Gen Z »

Dans plusieurs pays d’Asie du Sud, les intervenants ont souligné une multiplication des mouvements de protestation alimentés par des frustrations socio-économiques et politiques.

Au Sri Lanka, un nouveau gouvernement populaire « n’a pas encore tenu certaines des promesses attendues par la population » explique Meenakshi Ganguly, experte référente de HRW pour cette zone géographique. Au Bangladesh, où environ 1 400 jeunes ont été tués lors de manifestations en 2024-2025, un gouvernement intérimaire n’a pas réussi à « créer un sentiment d’avenir ni à mettre en œuvre les réformes attendues » ajoute-t-elle.

Au Népal et en Indonésie, des déclencheurs spécifiques : quotas d’emploi, salaires minimums ou restrictions sur les réseaux sociaux, ont été annulés sous la pression de nombreuses manifestations portées par la génération Z. Mais, selon Human Rights Watch, les causes profondes demeurent.

« La question centrale est de savoir s’il y aura des réformes systémiques. Est-ce que la police et les forces de sécurité seront tenues responsables ? Dans aucun de ces pays, nous n’avons vu ce processus se mettre en place. »

Meenakshi Ganguly, experte référente de HRW pour l’Asie du Sud

Pour Meenakshi Ganguly, changer un gouvernement ou une loi ne suffit pas si les policiers qui ont tiré sur les manifestants ne sont jamais traduits en justice.

Les intervenants ont cité plusieurs exemples d’impunité : comme au Bangladesh où le Rapid Action Battalion (RAB), une unité d’élite accusée d’abus, a simplement changé de nom sans réforme structurelle. Au Népal, quand la police n’a pas été poursuivie après la mort de manifestants non armés. Ou en Indonésie, alors qu’aucune réforme policière significative n’a été engagée malgré les promesses.

Méfiance régionale et tensions politiques en Asie du Sud

Au-delà des dynamiques nationales, les intervenants ont décrit une région marquée par la méfiance entre gouvernements et par la politisation des identités religieuses. L’Inde a notamment été critiquée pour son traitement des minorités religieuses, en particulier musulmanes. Selon HRW, les autorités indiennes sont accusées de ne pas protéger efficacement ces minorités et d’alimenter des discours politiques hostiles.

« Ce n’est pas le moment de créer une politique de division, mais un moment où les droits devraient être protégés », souligne Meenakshi Ganguly. Des accusations de répression transnationale ont également été évoquées, certains gouvernements occidentaux (Canada, États-Unis) accusant les autorités indiennes d’actes visant des critiques à l’étranger. Des universitaires, journalistes et défenseurs des droits se verraient refuser l’entrée en Inde, leurs visas étant rejetés.

Birmanie : pas de lumière au bout du tunnel

La situation en Birmanie a été largement abordée. Elaine Pearson, Directrice de la division Asie de Human Rights Watch, a rappelé que les élections organisées par la junte, largement considérées comme des simulacres ni libres ni équitables, n’offrent pas de perspectives d’amélioration alors que 22 000 prisonniers politiques sont toujours détenus.

Les appels ont été renouvelés à l’égard des gouvernements, de l’ONU et de l’ASEAN pour intensifier leurs efforts face à la crise, alors que la population civile continue de subir les conséquences d’un conflit tombant dans l’oubli international.

Pressions croissantes sur les journalistes et la société civile

La conférence a abordé la dégradation de la liberté de la presse. Elaine Pearson a souligné la situation critique des journalistes d’Afghanistan et du Myanmar qui, bien qu’exilés et opérant souvent depuis la Thaïlande, continuent de subir des menaces incessantes et de faire face à des obstacles financiers majeurs. Phil Robertson, modérateur de la session, a appelé à la solidarité : « Quand un journaliste est attaqué, il doit y avoir une réponse collective. »

Le « modèle thaïlandais » vivement critiqué

La Thaïlande a occupé une place centrale dans les débats, non seulement en tant que pays hôte, mais surtout comme exemple d’une diplomatie régionale jugée déconcertante par Human Rights Watch. Elaine Pearson a vivement critiqué le double discours de Bangkok : alors que la Thaïlande cherche à obtenir un siège au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, elle a été la première nation de l’ASEAN à soutenir publiquement le projet électoral de la junte birmane.

Elaine Pearson a jugé « décevant » que le ministre thaïlandais des Affaires étrangères ait publiquement exprimé une position favorable aux élections en Birmanie, rompant selon elle avec la position prudente de l’ASEAN.

« Alors que l’ASEAN, sous la présidence des Philippines, a sagement refusé de reconnaître ces élections, le ministre thaïlandais des Affaires étrangères a déçu en affichant publiquement son soutien »

Elaine Pearson, Directrice de la division Asie de Human Rights Watch

Selon elle, aucune perspective d’amélioration significative n’est visible à court terme.

Les échanges ont également mis en lumière l’usage croissant du nationalisme comme outil politique en Thaïlande. Sunai Phasuk, chercheur senior pour la Thaïlande, a exprimé son inquiétude face aux discours de certains responsables politiques thaïlandais qui instrumentalisent les tensions avec le Cambodge, notamment autour du conflit territorial de l’île de Koh Kood, à des fins électorales.

L’intervenant s’est dit « choqué » par la rhétorique agressive de certains politiciens désignant le Cambodge comme un ennemi et allant jusqu’à évoquer des frappes aériennes. Pour Sunai Phasuk, ce climat est délétère : « Il n’y aura ni paix ni réconciliation. Il n’y aura pas de confiance », a-t-il averti.

Enfin, le chercheur a déploré le manque de courage politique des principales formations thaïlandaises. Selon lui, le pays souffre d’un manque de réformes systémiques de ses forces de sécurité. « Aucune des grandes forces politiques en Thaïlande ne semble aujourd’hui placer les droits humains comme une priorité de sa politique étrangère », a-t-il conclu, pointant du doigt un consensus politique qui privilégie les intérêts sécuritaires et économiques au détriment de la protection des dissidents et des réfugiés présents sur son sol.

Un contexte international plus difficile

En conclusion, les intervenants ont alerté sur le tarissement des financements internationaux, exacerbé par le désengagement des États-Unis (retrait de 66 organisations internationales sous l’administration Trump). Alors que les programmes européens se réduisent, Elaine Pearson a lancé un appel aux puissances régionales : Japon, Corée du Sud, Australie et Nouvelle-Zélande, pour qu’elles prennent le relais. Pour la directrice de HRW, le changement est possible : « Quand les gouvernements choisissent de prioriser certaines questions, ils peuvent obtenir des résultats. »

You May Also Like

La princesse Bajrakitiyabha meurt à 47 ans après trois ans de coma

La Thaïlande est en deuil après le décès de la princesse Bajrakitiyabha Narendiradebyavati, fille aînée du roi Maha Vajiralongkorn (Rama X), décédée à l’âge de 47 ans après avoir passé plus de trois ans dans le coma.

Le roi et la reine de Thaïlande en visite d’État en France 

Le roi Maha Vajiralongkorn et la reine Suthida se rendront en France pour une visite d’État du 28 juin au 2 juillet, à l’invitation du président Emmanuel Macron, a annoncé mercredi le ministère des Affaires étrangères.