Lancé à l’occasion de la Pride de Bangkok ce jeudi 28 mai, c’est tout le royaume qui célèbrera le pride month tout au long du mois de juin. La Thaïlande renforce depuis quelques années son image de pays ouvert et de destination LGBTQ+ majeure en Asie pour concourir à l’organisation de la world pride 2030. Mais tout n’est pas sans disparités et des inégalités persistent au pays du sourire.
Un Pride Month 2026 d’envergure internationale en Thaïlande
Les festivités du lancement de la Pride de Bangkok jeudi ne sont que le commencement d’un Pride Month particulièrement ambitieux, dans la capitale et dans tout le pays. Le point central reste le Bangkok Pride Festival, qui se clôt le 1er juin.
Son point d’orgue : la grande parade aura lieu le 31 mai sur Silom Road, sur environ 4,8 km, reliant le Klong Chong Nonsi Park au Stade National sur Rama I Road, en passant par des lieux symboliques du centre-ville.
L’événement illustre une montée en puissance spectaculaire : après 20000 participants pour la première édition 2022, puis 100000 en 2023, 250.000 en 2024 et 350000 en 2025, les autorités visent désormais jusqu’à 500000 participants pour l’édition 2026 du défilé, faisant de Bangkok l’un des grands organisateurs mondiaux des Pride.
Un pays inclusif qui cherche à séduire les touristes LGBTQ+
Cette évolution montre un changement de politique majeur pour le royaume qui mise désormais, au-delà de ses richesses naturelles sur les festivals, les grands événements culturels et le tourisme communautaire pour attirer une clientèle internationale plus diversifiée.
Le Pride Month s’inscrit de fait dans cette stratégie d’attractivité internationale. Bangkok va officiellement présenter sa candidature à l’organisation de la World Pride 2030 à l’International Pride Conférence organisée à Phuket en 2026. Son dossier sera en concurrence avec des villes comme Barcelone et Londres. Cette candidature vise donc à renforcer le positionnement de la capitale comme destination LGBTQ+ en Asie.
Au-delà de la fête, les organisateurs insistent aussi sur les enjeux politiques et sociétaux. Plusieurs réformes restent en discussion, parmi lesquelles la reconnaissance légale du genre, la dépénalisation du travail du sexe et l’adoption d’une loi anti-discrimination. Des avancées jugées essentielles pour faire de la Thaïlande « un pays sûr et inclusif, digne d’accueillir un événement mondial », selon Waaddao Anne Chumaporn, fondatrice de Bangkok Pride.
Le Royaume havre d’équité pour les personnes LGBTQIA+… Mais pas pour toustes
La présence des personnes LGBTQ+ en Thaïlande est ancienne, reconnue et non persécutée par le bouddhisme theravada. Quant bien même les katoys, dont la croyance aux réincarnation en fait la punition d’une existence de péchés, ces figures sont traditionnellement visibles et relativement similaires dans la société thaïlandaise.
Contrairement à plusieurs pays asiatiques marqués par des lois coloniales répressives, l’absence de colonisation n’y n’a jamais officiellement criminalisée les relations homosexuelles. Cette relative tolérance sociale n’a toutefois pas été accompagnée d’une véritable reconnaissance juridique.
À partir des années 1970 et 1980, Bangkok voit émerger une importante scène gay liée au développement du tourisme international et des quartiers festifs comme Silom ou Patpong. Dans les années 1990, les premières associations LGBTQ+ commencent à se structurer. Néanmoins, les pressions sociales sont encore fortes. La pride qui existait depuis 1999 fut stoppée en 2006 et durant les années suivantes par le gouvernement.
En 2015, la Thaïlande adopte la Gender Equality Act, première loi interdisant officiellement certaines discriminations liées au genre et à l’orientation sexuelle. Les revendications s’accélèrent dans les années 2020. En 2022, la Bangkok Pride est de retour après plusieurs années d’interruption. L’année 2025 marque un tournant historique : la Thaïlande légalise le mariage homosexuel et devient le troisième pays asiatique à reconnaître le mariage pour tous, après Taïwan (2019) et le Népal (2023).
Malgré ces avancées, les inégalités restent importantes, notamment pour les personnes transgenres. Si les katoy sont visibles dans la société thaïlandaise, dans les médias ou le tourisme, elles ne bénéficient pourtant pas d’une reconnaissance juridique complète. Il est toujours impossible de modifier légalement la mention de genre sur les documents d’identité, ce qui entraîne des difficultés dans les démarches administratives, les voyages ou l’accès aux soins.
Cette absence de reconnaissance crée un décalage constant entre identité vécue et identité officielle. Les katoys subissent des inégalités d’insertion économique. Si certaines mènent une vie normale et ont un emploi stable, la plupart subissent des discriminations à l’embauche.
Même si les « lady boys » sont moins discriminés que par le passé et investissent des espaces d’expression qui leur sont propres comme des concours de beauté, le combat pour une véritable reconnaissance de leur existence reste encore à mener.




