Tandis que la région APAC s’affirme comme le leader mondial incontesté des énergies vertes, elle reste paradoxalement la seule au monde à continuer d’étendre son parc de centrales au charbon. Un double jeu qui place l’Asie-Pacifique au centre des préoccupations climatiques mondiales.
Le paradoxe énergétique de l’Asie-Pacifique
- La région APAC est leader mondial en matière d’énergies renouvelables (64 % de l’énergie solaire, 54 % de l’énergie éolienne), mais elle est la seule région qui continue à développer son infrastructure à charbon .
- Le charbon produit plus de la moitié de l’électricité de la région Asie-Pacifique, avec une capacité installée qui augmente d’environ 3 % par an (2019-2024).
- Une grande partie des centrales à charbon est relativement récente, ce qui rend leur mise hors service anticipée difficile sur les plans politique et économique.
C’est un grand écart qui donne le vertige aux analystes. Selon un récent rapport de recherche publié par la banque HSBC dans sa série Net-Zero Navigator, l’Asie-Pacifique incarne aujourd’hui une contradiction énergétique majeure.
D’un côté, la région domine le secteur des énergies propres : elle détient désormais 64 % de la capacité solaire mondiale et 54 % de la capacité éolienne. De l’autre, elle demeure le bastion d’une infrastructure fossile qui refuse de céder du terrain.
Une croissance verte sans précédent
La montée en puissance des renouvelables en Asie n’est plus une simple tendance, c’est une révolution industrielle. Depuis 2015, la région a doublé ses capacités installées. Des pays comme la Chine, l’Inde et, dans une moindre mesure, la Thaïlande et le Vietnam, investissent massivement.
En Thaïlande, par exemple, le Plan de Développement Énergétique (PDP) vise une part de 50 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2050. Mais ces chiffres encourageants cachent une réalité plus sombre : l’appétit insatiable de la région pour l’électricité dépasse souvent la vitesse à laquelle les panneaux solaires sont déployés.
Le charbon : une résistance structurelle
Le point le plus alarmant du rapport souligne que l’Asie-Pacifique est la seule région au monde où la capacité installée de charbon continue de croître (environ 3 % par an entre 2019 et 2024). Le charbon génère encore plus de la moitié de l’électricité de la zone.
Pourquoi cette dépendance persiste-t-elle malgré la baisse des coûts du solaire et de l’éolien ? Plusieurs facteurs expliquent ce paradoxe :
- La jeunesse du parc : Contrairement à l’Europe ou aux États-Unis, les centrales au charbon asiatiques sont récentes. Leur fermeture prématurée représenterait un coût économique et politique colossal pour les gouvernements locaux.
- La sécurité énergétique : Face à une demande qui explose avec l’urbanisation et l’industrialisation, le charbon reste perçu comme une source « stable » de base (baseload), capable de pallier l’intermittence des énergies vertes.
- Les contrats de long terme : De nombreux acheteurs d’électricité sont liés par des contrats de gré à gré avec des producteurs de charbon, ce qui verrouille le marché pour des décennies.
Un enjeu planétaire
Les chiffres sont implacables : l’Asie-Pacifique est responsable de plus de la moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre et consomme plus des trois quarts du charbon mondial.
Plutôt que de considérer la transition énergétique comme une question idéologique, les gouvernements de la région l’ont majoritairement abordée comme une opportunité de marché et un moyen de réduire la dépendance aux importations d’énergie.
Le rapport des analystes Nneka Chike-Obi et Zoë Knight est formel : la réussite ou l’échec de l’Accord de Paris se jouera ici. Si la région ne parvient pas à orchestrer une sortie rapide du charbon tout en maintenant ses records dans le renouvelable, les objectifs climatiques mondiaux resteront hors de portée.
Pour les investisseurs et les décideurs de la région, le défi est désormais de transformer ce « paradoxe » en une transition cohérente. La question n’est plus de savoir si l’Asie peut être verte, mais si elle peut cesser d’être « noire » assez rapidement.
Source : Asia-Pacific’s Energy Paradox: Record Renewables Against Growing Coal Infrastructure




