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Dans la province de Surat Thani, une famille s’érige en pilier communautaire en transformant un lieu naturel touristique en réserve écologique aux retombées environnementales et sociales.

L’esprit communautaire peut-être un moteur économique efficace en Thaïlande. La forte identité qui en découle permet de diversifier les projets et de mettre leur bénéfice au service de la communauté. 

C’est l’objectif de cette famille, dans la province de Surat Thani dans le Sud de la Thaïlande, qui a investi le potentiel touristique d’une oasis d’eau cristalline au milieu de la forêt tropicale pour en faire un projet social et environnemental. 

Ban Nam Rad, un projet communautaire et environnemental

Ban Nam Rad (บ้านน้ำราด) qui signifie littéralement « maison eau verser » a été aménagée par le père de la famille Nakbumrung, il y a quelques années, le projet initial étant de protéger la forêt aux alentours.

La Thaïlande a grandement souffert de la déforestation au XXe siècle : entre 1945 et 1975, la couverture forestière de la Thaïlande est passée de 61 % à 34 % de la superficie du pays. A l’origine de cette déforestation intense : le développement économique du pays et l’expansion de l’agriculture, qui ont augmenté le besoin en surface de terres cultivables.

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Illustration: Philippe Rekacewicz, UNEP/GRID-Arenda

Protéger la forêt des bûcherons du coin semble être la motivation principale de la création de cet espace.

« Le bois ici se vend très cher », explique Supawan, la fille de l’initiateur du projet. « Il faut parfois 7 personnes pour faire le tour des arbres ! », renchérit-elle. Une petite mine d’or potentielle, qu’il convient de rendre inaccessible par l’établissement d’une réserve, donc.

Le père de la famille, également chef de la communauté, a ainsi exploité le potentiel de cet endroit pour en faire une attraction touristique durable, à but non lucratif.

Son accès ne coûte que 20 bahts (environ 50 centimes d’euro), encourageant les touristes de passage à profiter de cette petite étendue d’eau fraîche et cristalline, nichée dans son écrin tropical et sauvage, dont seule la musique des insectes trouble le silence. 

« C’est l’eau de la vie, la forêt de la vie », décrit Supawan. « La nature est vraiment importante pour la communauté et son équilibre ». La famille est sans aucun doute décidée à en faire un endroit commun à leur communauté et de lui en faire profiter directement. 

D’autre part, les arbres ont une symbolique très importante pour les différents cultes locaux : bouddhistes comme musulmans les vénèrent et viennent pratiquer leurs rituels à Ban Nam Rad. Les musulmans affluent particulièrement pendant le ramadan, profitant de l’eau pour prier.

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Un réinvestissement social et écologique des revenus de Ban Nam Rad

En créant cet espace, la famille a par la même occasion créé des emplois. En dehors de leurs 100 employés habituels, rémunérés en fonction du nombre de touristes, elle permet à des enfants de s’improviser en guides touristiques pendant l’été pour se faire leur agent de poche. 

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Le nombre de visiteurs moyen s’élevant à 300 par jour, ils peuvent néanmoins atteindre les 5000, par exemple à l’occasion de Songkran, nouvel an thaï et semaine de vacances nationales. Le bassin devient alors plein d’âmes en peine de chaleur, cherchant à se rafraîchir après avoir gambadé dans la forêt humide.  

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De quoi générer assez de fonds pour développer et agrandir la réserve naturelle : fertiliser les sols, planter plus d’arbres, entretenir le terrain, développer l’écosystème forestier… La liste des tâches n’est jamais réduite, en ce qui concerne l’agrandissement et la diversification de l’écosystème de la zone protégée.  

D’autre part, l’attractivité du lieu tient peut-être, en dehors de son décor luxuriant, à sa portée sociale. La famille utilise les revenus du tourisme pour aider les quelques 10 000 personnes faisant partie de la communauté et leur développement.

Ils permettent de financer des bourses pour les enfants, de soutenir les victimes d’inondations dues aux grosses pluies, de participer à la création d’une garderie, d’un terrain de foot pour l’école, etc. 

Elle ne manque pas de communiquer sur le caractère non lucratif du lieu et sur l’utilisation responsable et éco-friendly de ses revenus : sur son site internet , l’organisme précise que Ban Nam Rad est « une attraction touristique pour changer les comportements touristiques, permettant aux touristes d’aider à préserver les ressources naturelles et l’environnement. ». 

Transformer un lieu naturel touristique en projet écologique et solidaire…de quoi donner du sens à son projet et le populariser.

Les revenus sont diversifiés, l’identité thaïe est affirmée

En cette période de Covid, l’affluence est bien moins importante et la quantité de revenus suit la courbe décroissante. Ce n’est pas un problème pour la famille Nakburung, qui, à l’image du thaï moyen, est résiliente est diversifiée sur le plan économique.

Non seulement elle fait partie d’un réseau de 7 gîtes pour loger les touristes de passage, aussi bien étrangers que thaïs, mais elle possède également des terrains agricoles.

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Un réseau de 7 gîtes pour loger les touristes de passage, aussi bien étrangers que thaïs

La famille possède aussi des plantations d’hévéas d’environ 2000 arbres, et de palmiers à huile. Elle passe ensuite par un intermédiaire pour vendre leur récolte.

« Tout le monde dans la communauté a de grands terrains. De 500 à 10000 arbres, c’est la norme de posséder des arbres à caoutchouc », compte Supawan. Les paysages du Sud de la Thaïlande sont en effet souvent dessinés par ces immenses forêts sombres aux rangées régulières de ces arbres.

Sinon, comme dans de nombreux endroits ruraux du sud de la Thaïlande, on cultive les ramboutans, les noix de coco, les durians… « On fait pousser tout ce qui peut nous rapporter de l’argent », résume Sujittra, la sœur de Supawan. 

Lorsqu’on dépend de la nature, la diversification devient la règle. Par exemple, les arbres à caoutchouc demandent 7 ans de maturation pour devenir producteurs. Il est risqué  de se reposer sur une seule production.

A l’image de Ban Nam Rad, la communauté a mis la main à la patte pour la construction des gîtes, source de revenus non négligeable hors Covid. Si les habitants eux-mêmes n’avaient pas les compétences nécessaires pour les édifier, alors des ingénieurs locaux s’occupaient de la construction. 

Ce type de logement permet à leurs locataires d’aborder la région de façon authentique et de découvrir les alentours aux côtés de la famille. De nombreux touristes sont de passage dans la région, qui abrite le célèbre parc naturel de Khao Sok, et en profitent pour s’aventurer autour.

Le réseau de « homestay » est affilié à Ban Nam Rad, et donc ne possède pas son site internet propre. La page facebook du lieu (https://www.facebook.com/phatonnumbannamrad/) suffit à leur rapporter des clients, la majorité des Thaïs étant très actifs sur ce média. 

« Je suis née ici, je mourrai ici »

Mais alors, d’où vient la motivation de mettre son énergie et ses bénéfices au service de son village ? La réponse tient en 3 mots : l’identité communautaire. « Je suis née ici, je mourrai ici», affirme fermement Supawan, le regard empreint d’une certaine fierté.

Cette femme de 31 ans, pleine d’énergie bienveillante et de motivation, ajoute : « C’est mon village d’origine ! On avance ensemble ».

« L’argent n’est pas la question principale, il importe peu », continuent les deux sœurs. « On a commencé à s’occuper de la forêt sans aucun revenu ». La priorité semble en effet assez clairement affichée, la protection de la forêt et le soutien de la communauté.

« Mon père a commencé le projet, on le continue. Il se passera de générations en générations », expliquent-elles. Les sœurs mettent à profit leurs études pour solidifier l’entreprise familiale. Supawan a étudié le droit, et Sujittra s’est concentré sur l’hôtellerie : leurs compétences se complètent.

Ban Nam Rad n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de projets touristiques familiaux, mais leurs retombées économiques ne sont pas toujours utilisées pour servir l’intérêt commun. Il semblerait alors que la forte identité communautaire dont se revendique la famille, devient une force motrice pour utiliser ces entreprises au service des autres et de la nature. Une ébauche du tourisme responsable du futur ?