Thaïlande : les bons comptes font les bonzes amis

Scandales financiers à répétition, arrestations de moines de haut rang : le bouddhisme thaïlandais n'en finit plus de régler ses comptes avec la gestion douteuse de ses fonds.

Le bouddhisme thaïlandais fait une nouvelle fois parler lui dans un domaine où on ne s’attend pas forcément à entendre la parole des bonzes.

Le bouddhisme est la principale religion de la Thaïlande: 95 % des Thaïlandais se déclarent bouddhistes. Mais depuis quelques années le bouddhisme traverse une crise profonde, aggravée par les scandales financiers à répétition.

Le manque de transparence financière et l’absence de toute comptabilité n’ont rien arrangé. Les scandales à répétition ont passablement écorné la réputation du bouddhisme thaïlandais.

Le Wat Phra Dhammakaya menacé de fermeture

Après avoir tenté en vain de s’assurer de la présence de son abbé, la justice thaïlandaise demande maintenant la fermeture pure et simple du Wat Phra Dhammakaya impliqué dans un gigantesque scandale de détournement de fonds et de blanchiment d’argent.

Avant le coup d’Etat militaire de 2014, la puissance financière du temple et ses liens étroits avec le pouvoir, l’avaient mis à l’abri des enquêtes judiciaires.

Le Wat Phra Dhammakaya menacé de fermeture
Le Wat Phra Dhammakaya menacé de fermeture

Mais cette fois le bureau du procureur général (OAG) de Thaïlande a déposé une requête en justice visant à ordonner la dissolution de la fondation Upasika Chandra Khonnokyoong de Khun Yay Ratana, qui est à l’origine du financement du temple Wat Phra Dhammakaya.

Kajornsak Buddhanuparb, chef adjoint du département des enquêtes du bureau du procureur général, a déclaré au Bangkok Post qu’une enquête avait révélé que la fondation du temple était directement impliquée dans le blanchiment d’argent des fonds détournés dans l’affaire de la coopérative de crédit de Klongchan (KCUC).

L’ancien président de la KCUC, Supachai Srisupa-aksorn, a été condamné en 2016 pour avoir siphonné 22,1 millions de bahts des comptes de  la KCUC.

Ces sommes avait ensuite été transférées sur les comptes du temple pour être recyclées dans diverses activités.

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Certains moines de ce temple ont été jusqu’à assurer à leurs fidèles que le salut dans l’au-delà, un concept d’ailleurs peu bouddhiste, dépendait du montant de leurs dons en liquide.

95 % des Thaïlandais se déclarent bouddhistes, mais plus qu’une stricte observation des préceptes religieux, ces traditions s’apparentent parfois à une culture assez peu en rapport avec les enseignements bouddhistes, se rapprochant davantage d’un mélange de superstitions et de folklore animiste.

Récemment c’est un autre temple très connu de Bangkok et très fréquenté par les touristes qui a été à son tour accusé de détournement de fonds publics : le temple de Wat Sa Ket également connu comme le Golden Mount.

Chaque année, l’Etat thaïlandais subventionne à hauteur de plus de 100 millions d’euros les temples bouddhiques pour financer la maintenance des bâtiments et pour promouvoir l’éducation religieuse. C’est sur ces allocations d’argent public que les détournements ont eu lieu, selon un article de RFI.

Le temple de Wat Sa Ket impliqué dans un détournement de fonds publics

La police thaïlandaise et le Bureau de lutte contre le blanchiment d’argent soupçonnent aussi l’abbé du Wat Sa Ket (Golden Mount) d’avoir détourné des fonds de 62,5 millions de baht destiné à promouvoir le bouddhisme.

La Division de la répression du crime estime avoir des preuves solides pour étayer les accusations de blanchiment d’argent contre l’ancien abbé de Wat Sa Ket, selon une source proche de l’enquête.

Selon cette source, le célèbre temple de Wat Sa Ket a reçu un total de 62,5 millions de bahts de l’Office national du bouddhisme pour financer des projets de promotion du bouddhisme dans 19 autres temples considérés comme ses succursales.

L’enquête a montré que neuf temples n’ont pas reçu d’argent et que les quatre autres ont reçu 2 millions de baht chacun.

L’argent restant a été retrouvé sur le compte bancaire d’une femme liée à un disciple de l’ancien abbé.

L’argent a été donné par les l’Etat pour financer la production de matériel publicitaire pour le temple, mais le Bureau de lutte contre le blanchiment d’argent a effectué des contrôles et a constaté qu’il avait été utilisé à des fins personnelles.


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