L’orphelinat Safe Haven se situe dans une petite ville dans l’ouest de la Thaïlande, frontalière avec la Birmanie, nommée Ban Tha Song Yang.

L’orphelinat Safe Haven qui se trouvait dans cette ville il y a quelques années s’est déplacé à quelques kilomètres des habitations de Ban Tha Song Yang afin de créer un nouvel orphelinat avec un espace plus grand et dans le but de laisser une entière liberté aux enfants de jouer, rire, crier, faire du bruit à leur guise sans déranger le voisinage. 

C’est dans ce nouvel emplacement que nous nous sommes rendus afin de rencontrer les enfants et d’en apprendre plus sur l’histoire de cet orphelinat qui n’est pas ordinaire. 

Les origines de l’orphelinat : une fille maudite

« Il y a trente ans, une femme du village donna la vie à un bébé, une fille, malheureusement la mere de cet enfant mourut pendant l’accouchement. Le père de ce nouveau-né prit la mort soudaine de sa femme comme le signe que sa fille était maudite et qu’elle avait « tué sa mere ».

Il ne voulait pas garder cet enfant «malchanceux» et s’est mis à la recherche d’une personne capable de prendre soin de sa fille. Il se tourna vers ma mère (Tasanee) car à cette époque, elle allaitait encore ma sœur, donc elle pouvait allaiter le nouveau-né. » 

raconte la fille de Mme Tasanee Keereepraneed qui aujourd’hui partage le travail dans l’orphelinat avec sa mère qui a créé ce refuge il y a 30 ans.

Ce nourrisson fut donc le premier enfant dont Tasanee s’occupa, elle voyait à travers cette petite fille son propre passé ayant elle-même perdu son père, puis son mari par la suite. Elle décida ce jour-là de s’occuper des enfants orphelins qui auraient besoin d’une nouvelle famille tout en souhaitant partager avec eux des valeurs telles que le partage, le respect et l’amour.

« Lorsqu’une famille ne pouvait pas s’occuper d’un enfant ou qu’un enfant devenait orphelin, le message était passé dans la ville qu’il fallait aller dans la maison de Tasanee car elle allait prendre soin d’eux ».

Remarquant que les enfants sans parents s’avéraient nombreux, elle et son frère firent de leur maison d’enfance l’habitacle qui abriterait les enfants en nécessité qui n’avaient nulle part où aller. Elle pouvait accueillir 25 enfants au départ, aujourd’hui, dans le nouvel orphelinat qu’elle a construit il y a environ 15 ans grâce à ses fonds personnels et les dons des habitants de Mae Sot, elle peut accueillir au total 60 enfants, dont la majorité est issue de la tribu Karen, fuyant la Birmanie.

« Nous ne sommes pas de simples travailleurs, nous sommes leur famille, Big Mom est la mère qu’ils n’ont plus, et moi je suis leur sœur » 

Chuanchom Arjnarakit, fille de Tasanee Keereepraneed

70 ans de conflit entre les Karen et l’armée birmane

Les Karen sont la deuxième minorité ethnique la plus importante en Birmanie après les Shan. Ils sont en guerre avec la junte militaire birmane depuis 1948 dans un conflit parfois considéré comme la plus longue guerre civile en cours dans le monde.

Le conflit prend source après la seconde guerre mondiale, lorsque les Britanniques ont accordé à la Birmanie son indépendance mais ne l’ont pas accordé aux Karen à qui ils l’avaient également promis. Ils ont ainsi remis le contrôle complet du pays à l’ethnie birmane, tandis que les Karens luttaient toujours pour leur indépendance. Par la suite, un coup d’État militaire orchestré par le général Ne Win détruit une démocratie déjà rongée par la corruption. Il entame un processus d’oppression et se donne pour principal but d’écraser la rébellion Karen. 

En 1990, le gouvernement a autorisé des élections dites démocratiques, qui ne l’étaient, en réalité, pas du tout. Ayant largement perdu ces élections, le gouvernement birman qui aurait dû être remplacé grâce au processus démocratique n’a pas voulu céder le pouvoir et a mis en place un gouvernement encore plus austère caractérisé par une multiplication des pratiques brutales. 

En 2021 le conflit se poursuit, marqué par un coup d’État de la junte militaire début février. Les Karens sont encore une fois sujets à cette répression, ils sont les cibles principales de frappes aériennes et migrent donc vers des zones plus sûres. 

Dans ce contexte d’insécurité profonde, les karens se sont vus forcés de fuir leur propre pays. De nombreux camps de réfugiés se situent en Thaïlande le long de la frontière birmane, l’un des plus importants compte 45 000 personnes et se situe justement dans le district de Tha Song Yang, à quelques kilomètres de l’orphelinat.

La plupart des enfants de l’orphelinat Safe Haven ont été impactés par cet interminable conflit, et n’ayant pas la nationalité thaïlandaise, ils ne bénéficient pas des mêmes droits que les citoyens du pays. Comme la très grande majorité des réfugiés karens, les enfants n’ont ni la citoyenneté thaïlandaise, ni la citoyenneté birmane. Tasanee et sa fille se battent pour qu’ils puissent avoir les mêmes droits que ceux dont elles jouissent, et c’est aussi à cela que servent les dons. 

À quoi servent les dons ? 

La plupart des donateurs savent que leurs dons sont utilisés pour nourrir correctement les orphelins, leur donner un abri, des vêtements et une éducation appropriée. Ce que beaucoup ignorent souvent est le fait que les dépenses pour aider les enfants dans un orphelinat vont bien au-delà de ces contributions classiques. 

Comme expliqué précédemment, les enfants de Safe Haven sont majoritairement issus du pays voisin, l’un des objectifs est donc de garantir que tous les enfants reçoivent un statut juridique complet en tant que citoyens thaïlandais. Mais ce processus est compliqué et onéreux.

Une solution pour rendre ce processus plus simple serait de faire de l’orphelinat un foyer d’accueil enregistré en Thaïlande. Il s’agit d’un objectif important pour Safe Haven, qui pour être officialisé doit tout d’abord achever un certain nombre de projets afin de satisfaire aux exigences réglementaires. Ces projets comportent un approvisionnement en eau plus durable, des dortoirs pour plus d’enfants et une clinique de santé spécialisée.

Dans la mesure où la grande majorité des dons pour Safe Haven proviennent de donateurs privés, l’existence de ces derniers devient cruciale, encore plus lors d’une période comme la crise sanitaire lié au Covid 19, durant laquelle les dépenses sont démultipliés pour les soins médicaux, les moyens nécessaires pour lutter contre le virus (masques, vaccins), pour vérifier si les enfants l’ont contracté (test antagoniques/PCR) etc. 

Depuis deux ans, l’orphelinat est fermé aux visiteurs en guise de prudence en regard du Covid, ce qui a mené inopportunément à une forte décroissance des dons. 

En guise de soutien à l’orphelinat, nous avons ouvert une cagnotte en ligne, la totalité de l’argent récolté leur sera versée dans un mois. Si vous souhaitez faire un don, voici le lien.

Les enfants de l’orphelinat

L’enfant le plus jeune que nous avons rencontré à l’orphelinat est âgé d’un an et cinq mois. Depuis la création de cet habitat, Tasanee a accueilli des enfants entre 1 mois et plus de 20 ans. Durant la période scolaire, les jeunes enfants vont à l’école de la ville et les plus âgés doivent se déplacer au moins à Mae Sot (à deux heures de la ville) pour terminer le lycée ou l’université, parfois ils étudient dans des universités plus éloignées comme les universités de Chiang Mai, selon les intentions et les projets d’avenir de ces futurs adultes.

Safe Haven, une grande famille

Comme nous avons pu le constater, les enfants apprennent la responsabilité, le partage, le soutien et l’entraide dès leur plus jeune âge. Tout le monde dans l’orphelinat participe aux tâches ménagères et à l’entretien de l’habitat et du jardin, les adultes, les adolescents et les enfants se répartissent les différentes corvées. 

Tasanee, une mère pour ces enfants, 

Ces enfants birmans ne sont pas éligibles à l’adoption en Thaïlande. Lorsqu’un enfant parvient à Safe Haven, Tanasee et sa fille s’occupent de lui et le suivent jusqu’à qu’il devienne un adulte responsable, capable de vivre seul et de former à son tour une famille. C’est un accompagnement à long terme. 

Surnommée BigMom par les enfants de l’orphelinat, Tanasee considère ce refuge comme une très grande famille dans lequel elle tient le rôle d’une mère aimante pour 60 enfants : 

« Je souhaite leur inculquer les mêmes valeurs que j’ai appris à mes enfants, peu importe d’où ils viennent, peu importe leur religion, je souhaite qu’ils soient toujours motivés par l’amour, c’est l’amour le plus important pour moi ».

Sa fille souligna que tous les visiteurs remarquent un réel lien, entre les enfants qui jouent entre eux et s’entraident constamment, mais aussi entre les enfants et les travailleurs de l’orphelinat :

La discussion se clôtura sur cette belle citation : 

« Ma mère m’a appris une chose : tu n’as pas besoin d’être une personne célèbre, tu n’as pas besoin d’être une grande personne avec beaucoup de pouvoir, mais tu peux être une petite personne et faire de grande chose, c’est le sens que je donne à la vie. (…) Si j’aide les enfants, si je prends soin d’eux, la vie me le rendra ».

A propos de cet auteur