Aux frais de la princesse

L'entrée en politique tonitruante de la princesse Ubolratana a pris une tournure incertaine, après que le roi de Thaïlande a désapprouvé sa candidature au poste de Premier ministre

Le tremblement de terre a été violent, mais de courte durée. La secousse et les répliques du séisme politique provoqué par l’entrée en politique de la princesse Ubolratana ont fait vaciller le vénérable édifice de la monarchie thaïlandaise, mais il a tenu bon.

« Inappropriée »

Il aura suffit d’un mot en provenance du Palais royal pour torpiller les ambitions de la sœur aînée de l’actuel souverain régnant de Thaïlande le roi Maha Vajiralongkorn Bodindradebayavarangkun : « Inappropriée ».

La contre attaque ne s’est d’ailleurs pas fait attendre très longtemps puisque le communiqué lu sur toutes les chaînes de télévision thaïlandaises, a été diffusé le soir même du jour de l’annonce de la candidature de la princesse.

Dans ces conditions le parti qui avait parrainé la candidature de la princesse, le Thai Raksa Chart créée par des proches de Thaksin Shinawatra, n’a pas eu d’autres solutions que de faire machine arrière et de retirer sa candidate de la course électorale.

Il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences des ambitions politiques contrariées de l’aînée de la famille royale, mais elle prouve déjà une chose : la famille royale n’est pas un bloc monolithique conservateur et traditionaliste à l’abri des divisions politiques.

Car pour couronner le tout, la princesse Ubolratana avait singulièrement décidé de se présenter sous la bannière d’un parti proche de Thaksin Shinawatra, ennemi juré des monarchistes et des militaires qui l’ont évincé du pouvoir en 2006 à la suite d’un coup d’État.

Ensuite ce fût le tour de sa sœur, Yingluck Shinawatra, de subir le courroux des militaires : élue en 2011 elle est à son tour contrainte de démissionner à la suite du coup d’État de 2014 dirigé par le général Prayut, qui dirige le pays depuis lors.

Un camouflet pour l’armée

Un premier ministre issu de la famille royale aurait clairement été synonyme de clap de fin pour les militaires putschistes en Thaïlande, habitués à prendre le pouvoir régulièrement pour évincer les partis politiques qu’ils jugent contraire aux intérêts du royaume.

Mais leur justification pour agir ainsi a toujours reposé en grande partie sur le fait que l’armée se présente comme un rempart pour protéger la monarchie contre les menaces de certains courants politiques, dont celui dirigé par Thaksin Shinawatra.

Cette justification n’était plus crédible avec un membre de la famille royale occupant le poste de Premier ministre, et c’est dans doute ce que cherchait à obtenir le Thai Raksa Chart et la famille Shinawatra déjà deux fois congédiée par les militaires.

Thaksin s’est d’ailleurs fendu d’un message ironique et énigmatique sur son compte Twitter pour saluer la performance de la princesse, en appelant à « continuer à aller de l’avant sans se décourager. Nous tirons les leçons du passé et nous vivons pour aujourd’hui et pour le futur. Courage, la vie continue ! »

Royale gaffe ou coup de génie ?

La preuve que près de treize années après le coup d’État de 2006 qui a mis fin à son mandat de Premier ministre, la bête noire des militaires est toujours bien là, toujours prête à piétiner les plates-bandes des militaires et à l’affut d’une revanche qu’il prépare inlassablement depuis son exil.

Une fois de plus Thaksin a fait preuve de son incroyable résilience avec ce coup de poker menteur magistralement orchestré. Aux frais de la princesse.

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Olivier Languepin
Olivier Languepin
Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

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