Une des choses qui surprend le plus régulièrement les expatriés vivant en Thaïlande, c’est à quel point la corruption est largement répandue et somme toute acceptée par la plupart des Thaïlandais. Mais s’agit-il vraiment de corruption dans l’esprit des gens qui répondent aux questions des sondages ?

64% des Thaïlandais ne sont pas dérangés par la corruption, s’ils en profitent aussi

Mais juger les pratiques d’un pays étranger en appliquant les critères d’appréciation de son propre pays peut parfois être hasardeux. Faut-il s’étonner vraiment des résultats que publient régulièrement les sondages dans lesquels la plupart des répondants disent ne pas être dérangé pas la corruption du gouvernement aussi longtemps qu’ils en profitent également ?

Le dernier sondage dans ce genre paru cet été a indiqué que 63,4% des répondants ont exprimé ce point de vue. Le précédent sondage en janvier de cette année affichait des résultats très proches à hauteur  de64,7%. Pour un observateur venu d’un pays occidental ses résultats sont pour le moins surprenant, puisqu’ils indiquent à la fois que la corruption est extrêmement répandue mais aussi largement acceptée.

Une forme de tradition qui remonte à l’époque féodale


Mais pour certains observateurs plus proche de la culture thaïlandaise, en réalité la Thaïlande ne connaît pas la corruption mais une certaine forme de tradition qui remonte à l’époque féodale. Une tradition qui se pratique toujours aujourd’hui, se mélangeant avec la pratique de la démocratie électorale pour former une sorte de démocratie féodale.

Prenez par exemple un député dans sa circonscription. Les accusations de corruption, ou d’achat de votes sont fréquentes, mais les gens intéressés y voient parfois seulement des cadeaux dans une relation sociale fondée sur le système de patronage.


Quand il y a un enterrement par exemple, le député local doit être présent avec une enveloppe pour soulager les problèmes financiers de la famille endeuillée. En échange il exigera seulement une fidélité politique qui devra se traduire de temps à autre par un vote favorable.

Mais ces pratiques sont-elles si différentes des promesses électorales que font les hommes politiques dans les pays occidentaux pour être élus ?

Parfois il est de bon ton de remplacer les enveloppes par d’autres dons ou faveurs, telles que: «Oui, j’ai appelé l’école, ils vont accepter votre fils. » Le député se doit également organiser des fêtes et des cérémonies, avec de la nourriture, des boissons, des tirages au sort et des prix.

En Thaïlande lorsque vous avez besoin de payer les frais de scolarité de votre enfant, lorsque les services de police locaux sont un peu trop gourmands ou quand une querelle de voisinage menace de dégénérer, qu’est-ce que vous faites? Vous allez voir votre député. Ou votre chef de village, ou votre conseiller de district.

En un mot vous allez voir votre protecteur. Parfois, vous allez à la police, mais il est préférable pour vous si les policiers savent que vous avez un protecteur.

C’est tout ce réseau de  favoritisme qui en tentant de s’adapter à la démocratie, génère ce que certains appelleront de la corruption. La démocratie, ses idéaux et ses lois, apparaissent parfois comme une chose très lointaine et beaucoup trop complexe.

Le système de patronage féodal joue sur les relations de personne à personne,  la famille, les choses simples de la vie.

Constitutionnellement, légalement et théoriquement, la Thaïlande est une démocratie, mais dans la pratique il est difficile de faire les choses sans accepter les règles du système. D’autant plus que la démocratie elle-même ne rechigne pas à faire appel à une certaine formede corruption: les politiques populistes de certains dirigeants élus ne sont rien d’autre qu’une forme de favoritisme et de corruption institutionnalisée.

 

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3 Commentaires

  1. @icoumil:
    j’ai vécu en France 40 ans. je n’ai jamais eu a faire à une administration corrompue, a la mafia, au copinage ou corruption politique… Mais on a vécu peut être pas vécu dans le même milieu. Même si parfois des affaires apparaissent dans les journaux ici ou là, la France, comme tout pays, a ses avantages et ses inconvénients. Et de ce coté là, on peut apprécier la France.

  2. Dans l’Isan, la distribution d’argent en échange de vote (entre 100 et 500 bath) est monnaie courante. La promotion des fonctionnaires est honteusement trafiquée à tous les niveaux… Mais au final après avoir vécu 30 ans en France, je pense que la société Thaïlandaise fonctionne plutôt mieux que la notre.
    Je pense que toutes les personnes qui ont eu à traiter avec la justice ou l’administration française comprendrons de quoi je parle (mafia, franc-maconnerie, copinage, corruption politique…).
    En Thaïlande je fais ma vie tranquillement et on me fout la paix, chose devenue très difficile en France aujourd’hui.
    Finalement je pense que c’est tout ce qui compte. Quand un système commence à harceler activement ses citoyens, il faut se poser des questions.

  3. Cette vision est un peu angélique, certes réelle mais partielle. Car la corruption est bien là, du haut vers le bas, quand on donne du viagra en échange des voix.

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