Le différend concernant la frontière disputée entre la Thaïlande et le Cambodge, enraciné dans plus d’un siècle de désaccords liés aux cartes de l’époque coloniale, a déjà donné lieu à des combats meurtriers.
Mais c’est bien l’animosité croissante entre les anciens alliés et figures politiques Hun Sen et Thaksin Shinawatra qui a aggavé les tensions entre la Thaïlande et le Cambodge, jusqu’à provoquer une guerre ouverte.
Une rivalité acharnée entre deux figures politiques influentes.
Hun Sen, âgé de 72 ans, et Thaksin Shinawatra, 76 ans, anciens leaders du Cambodge et de la Thaïlande, ont autrefois entretenu une amitié si étroite qu’ils se considéraient comme des frères. Au fil des années, Hun Sen a apporté son soutien à la famille de Thaksin dans leur longue lutte pour le pouvoir face à l’armée thaïlandaise.
Thaksin et sa sœur Yingluck ont séjourné chez Hun Sen après leur éviction du pouvoir. Par la suite, Hun Sen a désigné Thaksin comme conseiller économique du gouvernement cambodgien. Thaksin s’est rendu fréquemment au Cambodge, et Hun Sen a été le premier invité étranger à rencontrer l’ancien dirigeant thaïlandais après son retour au pays, marquant la fin de plus de 15 ans d’exil volontaire.
Hun Sen et Thaksin ne sont plus au pouvoir dans leurs pays respectifs, mais leur influence demeure considérable. Hun Sen a dirigé le Cambodge pendant près de 40 ans avant de céder la place en 2023 à son fils aîné, Hun Manet, qui est devenu Premier ministre après des élections largement critiquées pour leur manque de compétition réelle. Quant à Thaksin, sa fille, Paetongtarn Shinawatra, a accédé au poste de Premier ministre l’année dernière, perpétuant l’héritage politique de sa famille.
Les relations entre les deux clans se sont considérablement détériorées ces derniers mois. Bien que les causes précises du conflit restent floues, les experts s’accordent sur le fait que cette montée des tensions a exacerbé l’instabilité liée à un différend territorial ancien, intensifiant les affrontements violents à la frontière des nations voisines.
Hun Sen, le « tonton » qui a flingué la fille Shinawatra
Le mois dernier, l’ampleur de leur différend est apparue au grand jour lorsque Hun Sen a divulgué l’enregistrement d’une conversation téléphonique avec Paetongtarn Shinawatra. Au cours de cet échange portant sur le litige frontalier, Paetongtarn a qualifié Hun Sen d’« oncle » et lui a assuré que si quelque chose lui était nécessaire, elle « s’en chargerait ». Circonstance aggravante : elle a également tenu des propos peu flatteurs à l’encontre d’un haut commandant militaire thaïlandais.
La divulgation de l’enregistrement a suscité une vive controverse en Thaïlande. Ses opposants l’accusent de privilégier ses liens familiaux au détriment des intérêts nationaux, l’accusant de céder face au Cambodge. Suspendue de ses fonctions par la Cour constitutionnelle en juillet, elle fait l’objet d’une enquête pour violations déontologiques.
Certains analystes pensent que Hun Sen pourrait chercher à renforcer le nationalisme au sein du pays afin de consolider le soutien envers son fils, Hun Manet.
Une autre interprétation vient du leader de l’opposition cambodgienne exilé, Sam Rainsy, désormais basé en France. Il soutient que Hun Sen pourrait être alarmé par la répression thaïlandaise contre les opérations de cyberescroqueries gérées par des Chinois le long de la frontière — des entreprises qui, selon Rainsy, sont devenues « une source essentielle de financement illicite pour le régime actuel de Phnom Penh. »
Si on ignore les raisons précises qui ont poussé Hun Sen à se retourner contre ses anciens alliés, la brouille entre les deux anciens alliés semble durable. Hun Sen a récemment accusé Thaksin de trahison et menacé de divulguer d’autres informations sensibles sur les Shinawatras. « Je n’aurais jamais imaginé qu’une personne aussi proche puisse agir de la sorte », a déclaré Thaksin par la suite, affirmant que leur amitié était définitivement rompue.
Quelle que soit sa motivation, Hun Sen est parvenu à affaiblir durablement la position de Thaksin, à tirer parti des tensions entre sa famille et l’armée, et à provoquer un vide de pouvoir en Thaïlande.




