Six blogueurs vietnamiens ont été condamnés à des peines de quinze, douze, neuf et sept ans de prison à l’issue d’un procès expéditif.

Reporters sans frontières (RSF) demande aux partenaires du Vietnam de faire pression sur Hanoi pour que cesse cette vague de répression intolérable.

La litanie des condamnations contre les journalistes citoyens au Vietnam pourrait donner la nausée. Aujourd’hui jeudi 5 avril, à l’issue d’une journée de procès qui confine à la parodie de justice, les six blogueurs proches de la Fraternité pour la démocratie (FPD), un groupe qui documente en ligne les violations des droits de l’homme au Vietnam, ont été condamnés à un total de 66 ans de prison et 17 ans de résidence surveillée par la Cour populaire de Hanoi.

Le procès, qui devait durer deux jours, à été expédié en quelques heures. Diplomates et journalistes étrangers ont été interdits d’accès à la salle d’audience, remplie de policiers. Une journaliste de l’AFP a été interrogée par la police. De nombreux dissidents ont été temporairement placés en résidence surveillée, tandis que plusieurs manifestants parvenus aux abords du tribunal ont été placés en détention.

Parmi les condamnés, le cofondateur du groupe, Nguyen Van Dai, écope de quinze ans de prison et cinq ans de résidence surveillée. Le journaliste Truong Minh Duc et le blogueur Nguyen Trung Ton ont chacun été condamnés à douze ans derrière les barreaux et trois ans sous surveillance. Nguyen Bac Truyen, un autre cofondateur de la FPD, devra passer onze ans en cellule et trois ans en liberté surveillée. La blogueuse Le Thu Ha écope de neuf ans de prison et deux ans de mise à l’épreuve, tandis que Pham Van Troi passera sept ans derrière les barreaux suivi d’un an sous surveillance.

“Ces condamnations sont parfaitement ubuesques, regrette Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières.

Le seul crime des membres de la Fraternité pour la démocratie est d’avoir publié des articles en faveur du respect des droits humains au Vietnam. La lourdeur de ce verdict ne trouve qu’une explication : intimider celles et ceux qui osent aborder les questions d’intérêt public. Avec cette vague de répression sans précédent des voix indépendantes, le Vietnam du Secrétaire général Nguyen Phu Trong perd toute crédibilité sur la scène internationale, et ses partenaires doivent en tirer les conséquences.”

RSF appelle les pays membres de l’Union européenne à mettre leur veto à la mise en place de l’accord de libre-échange UE-Vietnam, qui devrait être votée courant 2018. Après le vote d’une résolution d’urgence en décembre dernier, l’Europe se déshonorerait si pareil accord était adopté avec un Etat qui est devenu ces derniers mois l’un des pires prédateurs de la liberté d’informer.

De même, les États-Unis doivent conditionner les pourparlers commerciaux qui s’annoncent dans les semaines à venir à des actes concrets des autorités vietnamiennes en faveur du respect de la liberté d’informer.

Le Vietnam stagne dans les abîmes du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2017, à la 175e place sur 180 pays.

Blogueurs, avocats et opposants de divers horizons sont nombreux à être emprisonnés au Vietnam. Selon le dernier décompte d’Amnesty International cette semaine, le Vietnam compte 97 prisonniers politiques.

« Le Vietnam est l’un des pays d’Asie du Sud-Est incarcérant le plus de militants pacifiques – une distinction honteuse à laquelle aucune nation ne devrait aspirer », a commenté le directeur régional d’Amnesty, James Gomez.

« La communauté internationale doit condamner sans équivoque la répression incessante de la société civile par le gouvernement vietnamien et exiger la libération inconditionnelle de Nguyen Van Dai, de ses collègues et de tous les autres prisonniers politiques », a commenté pour sa part la secrétaire générale de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) Debbie Stothard.

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