coconut beach feat - thailande-fr

Sous la pression de réseaux de prête-noms (nominees) et d’importations massives, les producteurs locaux de noix de coco voient leurs marges s’effondrer.

Alors qu’une noix de coco se vendait environ 20 bahts avant la crise, les agriculteurs de Ratchaburi ou Songkhla doivent aujourd’hui la céder pour à peine 1 ou 2 bahts.

Pendant ce temps, ces mêmes fruits sont exportés par des sociétés écrans à des prix oscillant entre 35 et 50 bahts, une marge colossale qui échappe totalement à l’économie locale.  Une enquête du média The Nation lève le voile sur un système opaque qui fragilise ce pilier de l’agriculture du Royaume.

Points clés

  • Impact social dévastateur : Face aux prix dérisoires, de nombreux planteurs abandonnent leurs cultures, entraînant la perte de savoir-faire et une dépendance à long terme aux importations. 
  • Utilisation massive de sociétés prête-noms par des investisseurs étrangers : Ces réseaux permettent de contourner la loi sur les entreprises étrangères (Foreign Business Act) afin de contrôler des usines de transformation et des terres, ce qui fragilise le marché local.
  • Inondation du marché intérieur et effondrement des prix : Ces structures importent de grandes quantités de noix de coco étrangères à bas coût (principalement d’Indonésie et du Vietnam), créant une surproduction artificielle qui fait chuter les prix à la ferme sous le seuil de rentabilité pour les agriculteurs thaïlandais.

La Thaïlande est mondialement réputée pour sa crème de coco et ses exportations de fruits frais. Pourtant, derrière les chiffres records du commerce extérieur se cache une réalité plus sombre : les agriculteurs locaux peinent à survivre. Selon une récente investigation menée par The Nation (The Signal, Ep. 21), l’utilisation massive de prête-noms par des investisseurs étrangers est au cœur d’une crise qui court-circuite le marché intérieur.

Un mécanisme de « casse » des prix

Le cœur du problème réside dans le contournement des régulations douanières. Pour protéger les revenus des petits agriculteurs, la Thaïlande impose normalement des quotas et des taxes sur l’importation de noix de coco étrangères (principalement en provenance d’Indonésie et du Vietnam).

Cependant, les journalistes de The Nation révèlent que de nombreuses entreprises de transformation (production de lait de coco en conserve ou d’eau de coco en brique)  installées en Thaïlande sont en réalité contrôlées par des capitaux étrangers via des prête-noms thaïlandais. Ces structures importent des volumes massifs de matières premières à bas coût, officiellement destinées à la transformation et à la réexportation, mais qui finissent par inonder le marché local. Cette surproduction artificielle fait chuter les prix à la ferme, parfois bien en dessous du seuil de rentabilité.

La nouvelle dictature du marché 

Le recours aux prête-noms n’est pas nouveau en Thaïlande, mais l’enquête souligne qu’il atteint désormais une échelle industrielle. Ces intermédiaires permettent à des entités étrangères de contourner le Foreign Business Act pour posséder des terres ou diriger des usines sans en avoir le droit légal.

« Ce ne sont plus seulement des entreprises commerciales, ce sont des réseaux entiers qui dictent les prix du marché », souligne le rapport de The Nation, pointant du doigt l’impuissance des petits exploitants de provinces clés comme Prachuap Khiri Khan.

Un impact social dévastateur

Au-delà de l’aspect économique, c’est tout un savoir-faire qui se perd. Face à des prix de vente dérisoires, de nombreux planteurs abandonnent leurs cultures. L’analyse de The Nation met en lumière un cercle vicieux : la dépendance accrue aux importations étrangères pilotées par ces « sociétés prête noms » affaiblit la résilience de la production nationale sur le long terme.

Par ailleurs, cette instabilité structurelle rend la filière plus vulnérable aux pressions internationales, notamment sur les questions de traçabilité et d’éthique, de plus en plus exigées par les marchés occidentaux.

Une réaction gouvernementale attendue

Si le Département du Développement Commercial (DBD) multiplie les enquêtes sur les prête-noms dans les secteurs du tourisme, les agriculteurs, appuyés par les révélations de la presse anglophone locale, demandent désormais une vigilance accrue sur les zones industrielles et agricoles.

Pour la filière, l’enjeu est clair : retrouver une souveraineté sur les prix et garantir que la valeur ajoutée de la « noix de coco thaïe » bénéficie réellement à ceux qui la cultivent.

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