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Le jeu des cinq familles

Les Thaïlandais évoquent souvent les «cinq familles» qui contrôlent une grande partie l’économie thaïlandaise, mais qui sont-elles ?

Alors que la Thaïlande s’enfonce dans la récession et se prépare à une des pires crises économiques de son histoire, le Premier ministre Prayuth Chan-ocha a récemment lancé un appel aux familles les plus riches de Thaïlande, pour leur demander de l’aide.

Dans une lettre rendue publique le 22 avril, le Premier ministre Prayuth Chan-ocha écrit :

Je suis reconnaissant pour toute l’aide que les Thaïlandais ont reçue de beaucoup d’entre vous jusqu’à présent. Mais je voudrais vous demander si vous pourriez faire plus en utilisant vos capacités et vos talents pour aider les Thaïlandais, qui souffrent beaucoup.

Un appel qui a un peu surpris les Thaïlandais, mais qui a le mérite de révéler une particularité de l’économie du royaume, à savoir la puissance économique d’un petit groupe de familles.

Les Thaïlandais évoquent souvent les «cinq familles» qui contrôlent une grande partie l’économie thaïlandaise : elles sont connues pour avoir bâti des conglomérats tentaculaires à partir de modestes débuts dans le quartier chinois de Bangkok.

Les «cinq familles»

Au sommet de ce petit groupe se trouve Dhanin Chearavanont, qui à 81 ans dirige toujours la famille la plus riche de Thaïlande et préside le groupe Charoen Pokphand (CP), le plus important groupe de Thaïlande et l’un des plus grands conglomérats d’Asie.

La famille Chearavanont qui dirige et possède la majorité du groupe Charoen Pokphand (CP) a été classée 21e famille la plus riche du monde par Bloomberg.

Lire aussi La famille Chearavanont (CP) classée 21e la plus riche du monde – Économie, Entreprises – thailande-fr.com 
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Charoen Pokphand a récemment remporté le contrat de concession de la liaison ferroviaire à grande vitesse qui reliera le principal aéroport international de Thaïlande, Suvarnabhumi (Bangkok), aux aéroports de Don Muang et d’U-Tapao.

Le contrat d’un montant de 7,4 milliards de dollars a été attribué à un consortium dirigé par le groupe Charoen Pokphand (CP), qui comprend entre autres la China Railway Construction Corporation.

CP exploite également le plus grand groupe de commerce de détail d’Asie du Sud-Est en termes de revenus, avec plus de 10 000 magasins Seven Eleven, et Siam Makro une entreprise leader de cash and carry en Thaïlande.

Dans le secteur des télécommunications, la filiale du Groupe CP, True Group, est l’une des plus grandes entreprises de télécommunications en Asie du Sud-Est avec plus de 25 millions de clients mobiles.

La fortune de la famille Chearavanont était évaluée par le magazine Forbes à 27,3 milliards de dollars en 2020, soit un peu plus de 5% du PIB de la Thaïlande (520 milliards de dollars en 2019).

Central, Thaibev, King Power et Red Bull

Tout de suite après la famille Chearavanont qui contrôle Charoen Pokphand, on trouve la famille Chirathivat qui possède la chaîne de grands magasins Central Group.

Ensuite on trouve la famille Sirivadhanabhakdi qui contrôle le groupe de boissons ThaiBev, puis les Srivaddhanaprabhas la famille derrière le géant du “duty free” King Power, dont les actifs comprennent le club de football de Leicester City.

Enfin les membres de la famille Yoovidhya sont les principaux actionnaires de Red Bull, l’entreprise de boissons énergisantes cofondée par feu Chaleo Yoovidhya.

La fortune du clan Chirativat a été la plus durement touchée par la crise de la Covid-19 en raison de la forte exposition du groupe Central très présents dans les hôtels et centres commerciaux, tous fermés pendant deux mois, passant de 21 milliards de dollars en 2019 à 9,5 milliards de dollars.

Le fondateur de ThaiBev, Charoen Sirivadhanabhakdi, a vu sa richesse passer de 16,2 milliards de dollars l’an dernier à 10,5 milliards de dollars, selon la même note de Forbes.

Le pays le plus inégalitaire du monde

Ces «cinq familles», ont soutenu Premier ministre Prayut Chan-ocha pendant la campagne électorale de 2019, un soutien considéré comme un retour sur investissement des faveurs et concessions accordées pendant les cinq années de régime militaire de 2014-19.

Mais avec la crise crée par la Covid-19, la collusion entre le pouvoir et les grandes entreprises commence à avoir des effets négatifs de plus en plus visibles.

La croissance en Thaïlande repose surtout sur celle des grands groupes au détriment des PME, en grande partie à cause d’un contexte réglementaire peu concurrentiel

Pavida Pananond – Professeure agrégée de commerce international,
Thammasat Business School

La dépendance du pouvoir à l’égard des «cinq familles» a vu la croissance économique stagner en Thaïlande et la pauvreté augmenter, passant de 7,2% en 2015 à 9,9% en 2018.

Le Credit Suisse a affirmé dans son rapport sur la richesse mondiale publié fin 2018 que la Thaïlande était l’économie «la plus inégalitaire» du monde. Le rapport affirme que 67% des richesses du pays sont détenues par 1% de la population en 2018, contre 58% en 2016.

Olivier Languepin

Par Olivier Languepin

Journaliste basé à Bangkok depuis 2006. Rédacteur en chef de thailande-fr.com.

Une réponse sur « Le jeu des cinq familles »

Dans son appel lancé aux familles les plus riches de Thaïlande, le Premier ministre Prayut Chan-ocha en a oublié une et pas la moindre…

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