Le Royaume, où l’institution monarchique et le culte de la famille royale constituent le socle de la culture traditionnelle, s’apprête à commémorer, en ce début de semaine, la journée Chakri (Chakri Memorial Day). Cette célébration marque le 234ème anniversaire de l’avènement de la dynastie régnante, symbole de la stabilité et de la pérennité de la nation thaïlandaise.
Si à l’origine, la journée Chakri a été instituée pour commémorer le couronnement de Rama I en 1782, événement fondateur qui marque la naissance de la dynastie Chakri. Avec le temps, cette célébration a pris une dimension plus large : elle rend désormais hommage à l’ensemble des souverains qui se sont succédé sur le trône, depuis le premier roi jusqu’à Vajiralongkorn (Rama X), l’actuel monarque régnant.
La naissance de la Thaïlande moderne
L’arrivée au pouvoir des Chakri s’inscrit dans un contexte de troubles. Le royaume du Siam est en effet soumis à une instabilité politique depuis deux décennies. Ayutthaya, la capitale historique culturelle et politique du royaume du Siam a en effet été pillée et détruite par les Birmans en 1767.
Un traumatisme qui met à bas un royaume centenaire. Si le général Taksin (aussi appelé Taksin le grand) reconstruit par la suite le royaume en menant de nombreuses campagnes territoriales, dépassant même les limites de l’ancien royaume, son fanatisme religieux et des rumeurs concernant sa folie conduisent à un complot qui le renverse en 1782. Il est exécuté le 6 avril de la même année.
C’est un de ses compagnons d’armes à la tête du complot, le général Chao Phraya Chakri, qui est couronné roi sous le nom de Rama I. Il continue le travail de son prédécesseur en sécurisant les frontières du Royaume, mais le fait entrer dans une nouvelle ère : la fondation de l’actuelle Bangkok comme nouvelle capitale inaugure en effet l’ère rattanakosin qui durera jusqu’en 1935. L’arrivée des Chakri marque une renaissance pour le royaume du Siam qui connaît un âge d’or sous les règnes de Phra Buddha Loetla Naphalai (Rama II) et Phra Nang Klao (Rama III).
Si depuis la mise en place de la monarchie constitutionnelle en 1932 les souverains thaï ne dirigent plus le pays de jure la famille royale garde un prestige et une place importante dans la culture du pays du sourire.
L’émotion suscitée par le décès de Sa Majesté la Reine Douairière Sirikit en octobre dernier en est une preuve éclatante. En témoigne l’émotion à la mort de sa majesté la Reine Douairière Sirikit en octobre dernier. La mère de l’actuel roi Rama X avait en effet reçu au moment de sa mort de nombreuses éloges, tandis que les autorités décrètaient un an de deuil national.
Un jour férié symbole de célébrations officielles
Le jour des Chakri est donc un jour férié institué pour rendre hommage à l’ensemble des souverains de la dynastie régnante. Bien que chômé pour l’ensemble de la population, les festivités sont elles de nature institutionnelles; plus proches de celles de notre 11 novembre que d’une fête populaire.
Au cœur de cette journée commémorative se déploie en effet un ensemble de rituels marqués par une grande solennité et un profond respect des traditions. La famille royale, conduite par le roi, ouvre les cérémonies par un moment religieux au sein du palais. Cette séquence inaugurale, empreinte de spiritualité, est suivie d’une procession vers le Panthéon royal, où sont honorés les anciens monarques, figures fondatrices de la continuité dynastique.
Le point d’orgue de la journée se tient ensuite à Bangkok, aux abords du Saphan Phut. C’est là que le roi dépose une couronne au pied de la statue de Rama I, devant un public composé de citoyens, de responsables politiques et militaires, ainsi que de représentants de la société civile donnant à voir un moment d’unité nationale,
Mieux connaître les souverains de la dynastie Chakri

- Rama Ier (1782-1809) fondateur de la dynastie, il a jeté les bases d’un royaume fort et uni, le protégeant des invasions et consolidant ses frontières. Il est à l’origine de la fondation et du déplacement de la capitale à Bangkok
- Rama II (1809-1824) et Rama III (1824-1851) ont mené le pays à un âge d’or artistique et littéraire, inégalé depuis le règne de Naraï à Ayutthaya. Rama III a également renforcé l’armée, assurant la sécurité du Siam.
- Rama IV (1851-1868), après 26 années passées dans la vie monastique, a ouvert le pays au monde extérieur, engageant des relations commerciales avec l’Occident et encourageant l’adoption de la science et de la modernité.
- Rama V (1868-1910), considéré comme le modernisateur du pays en initiant des réformes radicales de l’administration, du système judiciaire, du système financier, en abolissant l’esclavage et en promouvant l’éducation pour tous. Il a également sauvé la Thaïlande de la colonisation occidentale en acceptant des concessions territoriales.
- Rama VI (1910-1925), connu comme le « roi poète », a enrichi la langue et la littérature thaïlandaises. Il a également conclu des traités importants avec les puissances coloniales françaises et britanniques, renforçant le prestige de la Thaïlande sur la scène internationale.
- Rama VII (1925-1935) a marqué un tournant historique en acceptant la monarchie constitutionnelle en 1932, suite à une révolution.
- Rama VIII (1935-1946) roi enfant succède à son prédécesseur dans des circonstances tragiques, avant de céder le trône à son frère. C’est sous son règne que le Siam devient la Thaïlande
- Rama IX (1946-2016). Ce dernier, souverain charismatique et profondément aimé, a régné pendant 70 ans, amorçant le décollage économique de la Thaïlande.
- Rama X. Souverain depuis 2016, il est le plus âgé des Chakri à accéder à la fonction royale ; moins populaire que son père, il lui incombe de conserver l’héritage de la monarchie tout en la faisant définitivement entrer dans le XXIème siècle.

L’emblème représente un chakra (disque) et un trident (trisula) entrelacés. Ces deux objets sont des armes de Vishnu (dont les rois du Siam se considèraient comme des avatars)





