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L’attrait pour la cuisine thaïlandaise à travers le globe est bien établi. Avec leurs saveurs reconnaissables et exotiques, les plats phares du pays du sourire, tels que le pad thaï, le khao soi ou le curry rouge, sont mondialement appréciés des touristes.

L’engouement pour la cuisine thaïlandaise s’étend aux quatre coins du monde. Avec leurs saveurs uniques et envoûtantes, les plats emblématiques du pays du sourire, comme le pad thaï, le khao soi ou le curry rouge, séduisent les papilles des voyageurs et des gourmets du monde entier.

Le couronnement de Chef Pam comme Meilleure Cheffe du Monde 2025 est la preuve que les arts culinaires thaïlandais font honneur à cette réputation : chaque année, la Thaïlande se distingue un peu plus sur la scène gastronomique internationale. Elle ne se contente pas de proposer ses plats iconiques, mais exporte ses talents, ses concepts, et ses visions culinaires uniques. 

Bangkok, capitale montante du fine dining asiatique

La capitale thaïlandaise est connue pour ses rues animées par des stands de nourriture, mais elle séduit également par sa haute gastronomie, pourtant moins mentionnée que la street food. Bangkok compte parmi ses enseignes le meilleur restaurant d’Asie (Gaggan, élu par le guide Asia’s 50 Best Restaurants 2025) et le meilleur pâtissier d’Asie (Dej Kewkacha). 

Mais la distinction qui fait sensation cette année est la cheffe Pichaya “Pam” Soontornyanakij, couronnée The World’s Best Female Chef 2025. Le prestigieux titre mondial lui sera remis à la cérémonie des World’s 50 Best Restaurant 2025, le 19 juin à Turin. 

Son restaurant bangkokois à l’esthétique soignée POTONG offre un menu expérimental fondé sur une philosophie qui équilibre parfaitement cinq éléments dans une combinaison « Salt, Acid, Spice, Texture, and Maillard Reaction ». 

La richesse culinaire locale rayonne donc bien au-delà des frontières, séduisant les plus grands critiques. L’édition 2024 du Guide Michelin Thaïlande comptait plus de 30 établissements étoilés – dont 6 à Bangkok – et accueillait dans la catégorie “Une étoile” cinq nouveaux arrivants, signe d’une reconnaissance en constante progression. 

Les grandes compétitions internationales comme vitrine du savoir-faire thaïlandais

Si la Thaïlande s’est arrêtée aux portes la finale cette année, éliminée durant les qualifications des Bocuse d’Or Asia Pacific, elle a plusieurs fois participé à la prestigieuse compétition française – une opportunité en or pour affirmer son “prestige gastronomique”. 

Le candidat thaïlandais de 2021, Panuvit Khaokaew, est une étoile ascendante qui arbore fièrement les couleurs de son pays sur la scène culinaire internationale. Né dans l’Est thaïlandais, il remporte le titre de champion du monde junior du concours des Disciples d’Escoffier à 19 ans.

Après sa victoire en 2016, Panuvit Khaokew s’installe en France, dans les cuisines du chef étoilé Christian Têtedoie, où il est encore sous-chef aujourd’hui. Sa participation aux Bocuse d’Or lui permet d’obtenir la 14e place sur 22 pays. 

“La cuisine  thaïlandaise se concentre sur l’intensité et la complexité des saveurs, tandis que la cuisine française est plus structurée, avec une profondeur et une mise en valeur du goût des ingrédients eux-mêmes”

Chef Panuvit Khaokew

Chef Panuvit Khaokew est soucieux d’apporter l’équilibre de la gastronomie thaïlandaise à “l’art, la précision et la technique de la cuisine française”. Il mêle adroitement les savoir-faire de son pays natal aux traditions françaises en proposant par exemple “une sauce bisque de homard avec de la citronnelle, des feuilles de combava, du galanga et du jus de citron vert”.

Offrant un véritable regard croisé sur deux cultures culinaires, ce jeune chef est aujourd’hui l’un des porte-drapeaux de la Thaïlande dans des compétitions internationales mondialement reconnues,  comme le prouve sa participation en 2021 aux Bocuse d’Or. “C’était un grand honneur et une expérience incroyable de représenter mon pays et de battre 23 autres pays en finale mondiale”, nous dit-il.

La singularité de la gastronomie thaïlandaise : entre traditions et hybridations

Le succès de la cuisine thaïlandaise réside dans l’habileté des chefs à naviguer entre respect des recettes traditionnelles et créations modernes. En revisitant des plats régionaux ou en mettant en valeur des techniques et des ingrédients locaux dans une assiette fine dining, toute la saveur de la Thaïlande traditionnelle se mélange à une fraîcheur contemporaine. 

Chef Pam a pour vocation de célébrer son héritage culinaire natal en interprétant à sa façon les plats typiques du pays. Par exemple, dans son restaurant Khao San Sek, à partir d’un “Saint Graal” d’éléments de la gastronomie thaïlandaise composé au fil de ses voyages, elle invente un menu fondé sur des ingrédients “sacrés” : le riz, le chili, la noix de coco, le sucre de palme et la sauce de poisson. Par cette manière de travailler, Chef Pam explique vouloir “transcender les conventions, […] redéfinir le temps, […] et préserver les traditions”. 

Le soft power dans la cuisine, levier diplomatique et culturel ?

Au même titre que le cinéma, la musique ou le sport, la gastronomie endosse le rôle de vitrine du savoir-faire thaïlandais : tout comme peut l’être Lalisa Manobal, les chefs sont de véritables ambassadeurs culturels.

Dans la politique du “Thai Soft Power”, fondée sur les “5F” (food, film, fashion, fighting, Thai traditional festivals), la cuisine est en tête. Depuis le début du siècle, des programmes de soutien aux restaurants thaïlandais à l’étranger sont mis en place afin d’accompagner les cuisiniers dans leur expatriation. 

Ainsi, la Global Thai Restaurant Company, Ltd., fondée en 2001, subventionne la formation de chefs et l’ouverture de centaines de restaurants à travers la planète, en partenariat avec le département du Ministère de l’économie dédié à la Promotion de l’Export. En parallèle, la Banque thaïlandaise d’Import-Export permet une contraction de prêts simplifiée aux habitants souhaitant tenter l’expérience culinaire à l’étranger. 

En place depuis plus de deux décennies, cette “gastro-diplomatie” a pour objectif de renforcer la “Thai Brand” au même titre que le Japon avec le sushi, ou la Corée avec sa “diplomatie kimchi” fondée sur la K-cuisine. 

Le label “Thai Select”, délivré par le Ministère du Commerce aux restaurants thaïlandais authentiques, complète cette incitation à la consommation de cuisine thaïe en y apposant une certification de qualité. L’ensemble de ces initiatives représente un vrai soutien pour les chefs, tant de manière économique que symbolique. 

Une reconnaissance reflétant une fierté nationale en puissance

Les prestigieux prix récoltés, la présence dans les classements mondiaux ainsi que les étoiles Michelin décrochées sont autant de signes d’une gastronomie thaïlandaise puissante, portée par des chefs visionnaires, mobiles, et au sommet de leur art. 

Avec une part croissante de femmes chefs, de récits personnels et de retours aux racines, la scène gastronomique peut être vue comme le miroir d’une société qui évolue. Par exemple, la Chef Pam est l’instigatrice du programme WFW (Women for women), qui offre bourses, stages, opportunités professionnelles et éducation gastronomique à des Thaïlandaises issues de milieux ruraux. 

La jeune génération de cuisiniers est ambitieuse, généreuse et créative, faisant de la haute gastronomie un lieu culturel qui s’affirme non pas en imitant, mais en dialoguant avec le monde. Le public local et international pourra s’en inspirer et découvrir une fascination pour la Thaïlande au-delà des clichés touristiques. 

Il faudra attendre pour voir si cette dynamique continuera à s’exporter sur le reste du globe : peut-être des chefs thaïlandais comme Panuvit Khaokew apporteront-ils de nouvelles étoiles Michelin à Paris ?