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Le 7 août 2026, un adolescent de 14 ans a tué ses grands-parents à Nonthaburi avant de se rendre au lycée Debsirin, où il a abattu cinq membres du personnel avant de retourner l’arme contre lui. Neuf morts, plus de trente blessés : c’est la deuxième fusillade meurtrière en milieu scolaire thaïlandais cette année, après celle de Hat Yai en février. À chaque drame revient le même chiffre : environ 10 millions d’armes à feu circuleraient dans le royaume, soit une pour sept habitants.

Le pays le plus armé d’Asie du Sud-Est

Selon le Small Arms Survey, la Thaïlande détient 10,3 millions d’armes civiles, avec un taux de 15,1 armes pour 100 habitants, très loin devant le Cambodge (4,5), les Philippines (3,6) ou le Vietnam (1,6). À titre de comparaison, Singapour affiche un taux proche de zéro. Le nombre d’armes détenues par des civils thaïlandais dépasse à lui seul celui de l’ensemble des neuf autres pays membres de l’ASEAN réunis.

Autre singularité régionale : la Thaïlande fait partie, avec les Philippines et le Myanmar, des seuls pays de l’ASEAN où les civils possèdent plus d’armes que l’armée et la police réunies. La possession civile y est environ dix fois supérieure à celle des militaires, et quarante-cinq fois supérieure à celle des forces de l’ordre.

Plusieurs facteurs se combinent. D’abord une dimension culturelle, souvent décrite comme une valorisation de l’uniforme, de l’autorité et de la puissance virile. Ensuite un cadre légal ancien : la loi de référence date de 1947 et a été amendée à plusieurs reprises, la dernière fois en 2017. Sur le papier, les sanctions sont sévères, jusqu’à dix ans de prison pour détention illégale, mais l’application se heurte à la corruption dans certains services de sécurité et à l’essor des filières d’achat clandestines en ligne.

S’ajoute un facteur régional souvent sous-estimé : le conflit séparatiste qui perdure depuis plus de vingt ans dans l’extrême sud du pays, où les violences quasi quotidiennes pèsent lourdement sur les statistiques nationales d’armement et d’homicides.

Deux visages du problème

Les tueries de Siam Paragon en 2023 et de Nonthaburi en 2026 illustrent deux logiques distinctes. Dans le premier cas, un adolescent avait transformé un pistolet à blanc en arme létale, révélant l’existence de circuits clandestins de conversion. Dans le second, le tireur a utilisé une arme légalement détenue par son grand-père, pointant cette fois vers l’accès des mineurs à des armes déjà présentes au sein des foyers.

La réponse des autorités

Face à la répétition de ces drames, Bangkok a instauré un moratoire d’un an sur la délivrance de nouveaux permis de port d’armes, entré en vigueur le 14 février 2026. Il s’agit du deuxième moratoire de ce type après celui de décembre 2023, la mesure ne s’appliquant pas aux fonctionnaires de l’État comme les policiers.

Il n’en reste pas moins que la question de fond persiste : avec plusieurs millions d’armes déjà en circulation, contrôler les flux à venir ne règle qu’une partie d’un problème issu de décennies de diffusion laxiste.