Thucyclide, la Thaïlande, et la fièvre jaune

En apparence rien n'a changé en France : les gueux sont dans la rue pour tenter une fois de plus de se faire entendre...

Gilets jaunes contre foulards rouges ? Décidément comme disait Trotsky, l’histoire ne se répète pas elle bégaye.

Certes la France n’est pas la Thaïlande, et les motivations des “gilets jaunes” ne sont pas les mêmes que celles des “chemises jaunes”, mais il existe un point commun  entre les deux mouvements de protestation: la démocratie dévoyée au profit d’une oligarchie omnipotente.

En Thaïlande les chemises jaunes avaient contraint le gouvernement à démissionner

Pourtant en apparence rien n’a changé en France : le peuple, la populace, les gueux, le tiers état et les mendiants sont dans la rue pour manifester leur mécontentement.

La règle énoncée par Thucyclide continue de toujours s’appliquer : “Les puissants font ce qu’ils peuvent faire, et le faible subit ce qu’il doit subir. »

Mais pourquoi tant de violences ? Sans doute parce que la démocratie a cessé de fonctionner depuis longtemps en France.

Seul subsiste un système d’extorsion pas toujours légal (voire les lamentables tripatouillages sur la CSG des expatriés) dont la seule véritable logique est d’assurer par tous les moyens l’aisance financière et les privilèges exorbitants de ses affidés.

Les « chemises jaunes » manifestent dans le quartier de Silom, pour réclamer le départ des « chemises rouges » | Photo : Melaine Brou

Le pouvoir sans partage d’une oligarchie fonctionnarisée

La démocratie n’est plus qu’un décor de pacotille en France, un rideau de fumée qui dissimule de plus en plus mal la dictature d’une oligarchie fonctionnarisée.

Ceux qui y ont cru, ou y croient encore, n’ont plus que leurs yeux pour pleurer : le jeu de l’alternance depuis trois décennies n’a strictement rien changé à l’oppression fiscale.

Ceux qui le peuvent votent avec leurs pieds, car c’est la seule façon de voter qui ait encore un sens en France, et partent en Thaïlande ou ailleurs.

Les autres se contentent de mettre un petit bout de papier dans une boîte tous les cinq ans et payent toujours plus, quelque soit la couleur de l’impôt.

Ceux qui restent n’ont plus qu’à méditer l’aphorisme de Thucyclide et à courber l’échine devant le racket d’un État devenu mafieux par nécessité.

La France, État de non droit fiscal

L’imposition sélective des expatriés à la CSG, les taxes rétro actives sur l’assurance vie, les taux forfaitaires exorbitant (20 puis 30%) démontrent qu’en matière fiscale la France a cessé d’être un État de droit depuis longtemps.

Seul compte désormais le rapport de force direct, car la loi et la justice n’entrent plus en ligne de compte lorsqu’ils s’agit de s’opposer aux pillages de la caste dirigeante et au maintien de ses privilèges.

Mais on voit mal les expatriés éparpillés aux quatre coins du monde revêtir leur gilet jaune pour manifester devant les ambassades de France.

Les jeunes partant à 72%

Le jeunes l’ont mieux compris que les autres : ils sont 72% à vouloir quitter la France

Triste réalité pour un pays qui autrefois faisait rêver le monde entier, et qui est aujourd’hui enterré vivant par un clan de produits de cabinets employés à vie.

L’Etat kleptomane, incapable de réguler ses dépenses (il n’a pas présenté un seul budget équilibré depuis 1976…) et ses épigones claquemurés dans leurs certitudes, n’a plus qu’une seule et unique mission : se servir.

Mais cette confrérie d’intouchables qui a précipité la France dans un mur de dettes pour pouvoir continuer à banqueter tranquillement sur les ruines de leur pays, est maintenant le dos au mur.

Faire payer les pauvres

Le rêve psalmodié  jusqu’à la nausée de “faire payer les riches” s’est évanoui avec les riches eux mêmes.

Ensuite est venu le tour de la classe moyenne, et maintenant c’est tout le monde qui doit payer.

Alors que la France était saignée à blanc par une mondialisation hors de contrôle, et que des pans entiers de l’économie se sont effondrés, laissant sur le carreau des millions de Français, les crasses dirigeantes et leurs complices n’ont pas renoncé à un iota de leurs privilèges.

Or ces privilèges ont un prix : l’impôt

Un conflit essenciel malgré les apparences

Certes le point de départ du mouvement (le prix de l’essence) et son aspect anarchique et désorganisé peuvent apparaître comme des limites difficiles à surmonter.

Mais la fièvre jaune s’est emparée de la France et elle n’est pas près de retomber, car elle n’est que le symptôme apparent d’une profonde injustice entretenue par ceux-là mêmes qui sont censés la combattre.


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