La guerre déclenchée par les généraux birmans contre la minorité ethnique Karen est aussi un défi pour la Thaïlande, qui une fois de plus sert de refuge à des ethnies persécutées par des pays voisins. Cette nouvelle offensive intervient aussi sur fond de tension entre les deux pays riverains. Les relations entre la Birmanie et la Thaïlande se sont détériorées depuis que le gouvernement thaïlandais a publiquement pris position contre Rangoon dans le procès de l’opposante Aung San Suu Kyi. C’est justement le moment que la junte a choisi pour déclencher une offensive de grande envergure contre l’Armée de libération nationale karen (KNLA), le bras armée de L’Union nationale karen (KNU). Depuis plusieurs jours l’armée birmane, appuyée par une fraction dissidente de la minorité karen ayant signé un cessez-le-feu avec les autorités birmanes, a lancé une offensive près de la frontière thaïlandaise, forçant plusieurs milliers de civils à trouver refuge de l’autre coté de la frontière.

Les généraux birmans sont mécontents des déclarations du Premier ministre thaïlandais, Abhisit Vejjaivaj, qui a rejoint le concert de condamnations du procès d’Aung San Suu Kyi , en tant que président de l’ASEAN. En provoquant un afflux de réfugiés sur le sol thaïlandais, la junte birmane essaye sans doute de faire pression sur la Thaïlande pour obtenir une position plus conciliante.

En attendant plus de 2000 villageois de l’ethnie karen fuient l’est de la Birmanie en direction de la Thaïlande voisine en raison de bombardements de l’armée birmane, affirme l’ONG Free Burma Rangers.

D’après cette dernière, les réfugiés avaient commencé à quitter vendredi le camp de Ler Per Her dans l’Etat karen, avant qu’il ne soit bombardé samedi à coup d’obus de mortier lors de combats avec la guérilla karen. La tenue de ces combats a été confirmée par le général thaïlandais Tanongsak Apirakyotin, gouverneur de la zone frontalière. Il a précisé que le flot de réfugiés avait débuté dès mercredi, tout en portant leur total à environ 1.200 personnes. Ces dernières se trouvent à une centaine de kilomètres au nord de la ville frontalière de Mae Sot (380km au nord-ouest de Bangkok).

En vue de donner un vernis de légitimité aux élections de 2010, les généraux au pouvoir tentent d’inclure dans le processus l’ensemble des forces d’opposition et les principaux groupes ethniques. Depuis plusieurs mois, L’Union nationale karen (KNU) est aussi soumise à des pressions croissantes de la Thaïlande qui voit d’un mauvais œil les bases arrière du mouvement installés sur son sol. Elle semble également affaiblie par des défections croissantes et aurait donc intérêt à saisir cette offre. La junte birmane a en effet obtenu l’appui d’une fraction karen, la Democratic Karen Buddhist Army (DKBA).

La K.N.U se bat depuis 1949 pour que le pouvoir central accorde plus d’autonomie à l’Etat karen, mais la guérilla a été affaiblie ces dernières années en raison des offensives gouvernementales et de dissensions internes. On estime qu’environ 100.000 réfugiés, essentiellement des Karens, se trouvent dans des camps en Thaïlande.

Au Myanmar, les Karens sont victimes d’une campagne de purification ethnique semblable à celle qui a causé tant d’atrocités dans l’ancienne Fédération de Yougoslavie. On les oblige à construire des routes sans être payés, on leur fait porter des cargaisons de munitions et d’armes et, parfois, on les tue. On ne tente même pas de cacher les massacres au reste de la population : c’est une tactique pour forcer ce peuple à se soumettre ou à courir se réfugier en Thaïlande.

Ecrivait en 2001 Daniel Pedersen dans un reportage pour The Nation. Pendant les années 80, la K.N.U a bénéficié d’une politique conciliante de la Thaïlande qui jusque là laissait volontiers les rébellions installer leurs bases arrière sur son territoire, fermant les yeux sur leur approvisionnement en armes contre bois de tek, métaux et pierres précieuses . Mais à partir des années 90 la Thailande se rapproche du Myanmar pour des raisons politiques et économiques (approvionnement en énergie notamment) et n’autorise plus que des camps de réfugiés civils rigoureusement surveillés.

Dans les années suivantes, la toute puissance de la Junte birmane et la suprématie de l’Armée affaiblit la K.N.U. et favorise les divergences entre combattants. La présence militaire birmane se fait d’autant plus sentir avec la constructiond’un gazoduc reliant le golfe de Martaban et la Thaïlande passant en territoire Karen, construit par les sociétés française TotalFinaElf , américaine Unocal, thaïlandaise PTT.

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