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À l’approche de la haute saison, les plages de la Thaïlande s’apprêtent à recevoir des millions de visiteurs. Mais sur les îles les plus prisées, l’ambiance a changé. Cette destination, longtemps perçue comme offrant des conditions de séjour particulièrement souples avec des visas généreux et peu de formalités pour les nouveaux arrivants, doit faire face aux effets de son propre succès. Le gouvernement répond par une vague de contrôles inattendus.

Une île sous pression

Koh Phangan compte moins de 10 000 habitants mais accueille plus d’un million de visiteurs étrangers par an. Sur les routes de l’île, les panneaux publicitaires proposent aux étrangers des terrains en bord de mer et des villas présentées comme des placements à fort rendement. 

Mais cette transformation est loin de faire l’unanimité. Preecha Thongyad, investisseur immobilier né sur l’île, regrette que les collines autrefois verdoyantes soient désormais couvertes de villas, dont la plupart appartiennent selon lui à des étrangers.

Le malaise dépasse le cas de Koh Phangan. Des manifestations ont lieu depuis plusieurs mois dans le pays sous le slogan « Take Back Thailand ». Elles expriment l’inquiétude de la population face aux étrangers qui contournent les règles pour s’installer durablement et développer leurs propres activités, dans des îles où les ressources sont limitées.

Les observateurs soulignent d’ailleurs que la tension ne vise pas une nationalité en particulier. Un universitaire de Chulalongkorn parle d’un ressentiment accumulé au fil du temps, vis-à-vis de nouveaux venus de Chine, de Russie, d’Inde ou d’ailleurs. Si les Israéliens constituent la principale nationalité touristique à Koh Phangan et se retrouvent souvent sous les projecteurs, allant même jusqu’à susciter des réactions diplomatiques, ils ne représentent qu’un aspect d’une réalité plus complexe.

Des règles qui deviennent plus strictes

Le gouvernement d’Anutin Charnvirakul a fait de ce thème une priorité, en le présentant comme un enjeu de sécurité économique et nationale. Son principal outil porte le nom de l’île : le « modèle Phangan ». La loi interdit aux étrangers de détenir la majorité des hôtels et restaurants, et encadre strictement l’achat de terrains. L’opération vise les montages désignés sous le nom de “nominee” où des Thaïlandais figurent comme actionnaires sans investissement réel. Étendue à sept provinces, elle a déjà entraîné plus de 110 arrestations. Rien que sur Koh Phangan et Koh Samui, plus de 240 entreprises ont été identifiées, et des milliers d’autres sont à l’étude. 

De plus, une centaine de comptables sont examinés pour avoir figuré dans le capital de milliers de sociétés. À Phuket, des établissements liés à des ressortissants russes et chinois ont notamment dû présenter leurs licences devant des clients présents sur place.

Depuis septembre, l’entrée sans visa pour la plupart des nationalités est passée de 60 à 30 jours, afin de limiter les séjours prolongés sous statut touristique et la création d’entreprises dans ce cadre. 

Enfin, depuis fin août, les règles facilitent le renvoi d’étrangers jugés dangereux pour l’ordre public. Deux ressortissants, un Israélien et un Français, ont déjà été concernés dans une affaire de troubles à Koh Samui.

Le vice-ministre de l’Intérieur, Polapee Suwunchwee, répète cependant que les investisseurs restent les bienvenus s’ils respectent la loi, tout en martelant que la Thaïlande doit rester thaïlandaise.

Un équilibre délicat

Le dilemme est de taille : le tourisme fait vivre environ 4 millions de Thaïlandais et pèse jusqu’à un cinquième du PIB. Les habitants des îles ne rejettent pas les visiteurs, mais demandent que les retombées leur profitent et que les règles s’appliquent à tous.

Pour les voyageurs comme pour les résidents francophones, le message est clair : durée de séjour respectée, activités déclarées en règle, et attention au comportement, surtout vis-à-vis des locaux. 

D’après une enquête de Bloomberg, octobre 2026.

Justine Carré 

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