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Quatre ans après le déclenchement de l’ invasion russe de l’Ukraine, les conséquences néfastes du conflit dépassent largement le cadre de l’Europe. L’ONG fortify Rights, dans une conférence au Foreign Correspondent’s Club of Thailand (FCCT) dresse un bilan édifiant : crimes de guerres, trafic d’êtres humains et instabilité.

En Asie du Sud et du Sud-Est aussi, la guerre produit des effets invisibles mais profonds. Car la neutralité économique n’empêche pas certains pays de subir directement les conséquences de cette “guerre illégale”.

“Une paix sans conséquences pour les agresseurs incite l’histoire à se répéter.”  La formule prononcée à Bangkok par le diplomate Viktor Semenov, intervenant et attaché d’affaires pour l’ambassade d’Ukraine en Thaïlande, résonne comme un avertissement.

Car si la guerre en Ukraine parait une simple tragédie européenne, elle est devenue un phénomène global touchant à la sécurité de nombreuses régions extra européennes. Cet enjeu central a été au cœur des interventions des cinq participants à la conférence de l’ONG Fortify Rights, organisée récemment au sein du FCCT.

Depuis 2022, les accusations s’accumulent contre la Russie : crimes de guerre, torture, déportations forcées, transferts illégaux d’enfants, violations répétées des conventions internationales. Mais l’enjeu a  depuis longtemps dépassé le seul prisme européen : il concerne également le reste du monde et notamment l’Asie du sud-est.

Des alliances stratégiques pour Moscou dans la région 

Sur le terrain ukrainien, rappelle Semenov, l’ensemble des faits de crimes de guerre effectués par la Russie sont directement documentés par des ONG comme Truth Hounds et Fortify Rights : exécutions sommaires, disparitions forcées, bombardements d’infrastructures civiles.

Des violations graves du droit international humanitaire, notamment de la Conventions de Genève. Ces violations touchent également les pays asiatiques avec brutalité : en mars 2022, un avion cargo bangladais est détruit lors de frappes russes en Ukraine, tuant plusieurs ressortissants. Un drame presque passé sous silence.

Mais pour une des voix diplomatique ukrainienne a Bangkok, , le cœur du problème est dans la reconnaissance tacite de la russie par certains acteurs asiatiques.

En Asie, la Russie a de nombreux soutiens : La Corée du Nord partenaire historique et direct. Plus discrètement, mais également la junte militaire du Myanmar qui renforce discrètement ses liens avec Moscou depuis le coup d’État de 2021.

Celle-ci signe avec le Kremlin des contrats d’armement mais également de coopération et développement avec un accord avec Rosatom signé en 2023 pour développer des infrastructures nucléaires civiles. Un partenariat stratégique, aux implications sécuritaires régionales majeures.

Ce réseau d’alliances transforme le conflit ukrainien en pivot d’un nouvel ordre international plus fragmenté, plus instable.

Des victimes invisibles : les “soldats malgré eux” d’Asie du sud

L’un des aspects les plus troublants du conflit se joue loin du front comme le montre le rapport “I Was Tricked into the War : The Risk of Human Trafficking and Forced Recruitment of Bangladeshi Men into Russia’s War in Ukraine”, présenté par ses deux directrices exécutives, Amy Smith et Oxana Pokalchuk des ONG Fortify Rights et Truth Hounds.

Crée en 2013 en Birmanie, fortify rights pour dénonce le génocide des Rohyngas ; celle ci est dorénavant basée a bankok et s’occupe d’enqueter et répertorier et denoncer de l’ensemble des manquement aux droits humains. Avec l’aide de Truth Hound, une ONG ukrainienne fondée en 2014 l’organisme  a réalisé cette enquête qui dévoile un système organisé de recrutement frauduleux organisé depuis la Russie..

Des recruteurs promettent emplois, visas et nationalité russe à des travailleurs migrants asiatiques venant d’un pays pauvre (le plus souvent Népalais Bangladais ou Sri Lankais). Les recruteurs leur font miroiter des possibilités économiques et d’ascension sociale ainsi que la nationalité russe. Pour brouiller les pistes, les passeurs leur font payer des billets d’avion comportant de nombreuses escales, souvent à Rangoon ou au Moyen-Orient avant d’arriver sur le Territoire Russe.

À leur arrivée à Moscou, et après avoir confisqué leur passeport,  les victimes signent des documents en cyrilliques qu’on leur présente comme un contrat de travail alors qu’ils sont en réalité des contrats militaires. Les hommes sont ensuite entraînés puis envoyés sur le front ukrainien. Les chiffres donnent le vertige : environ 200 Népalais, et 2 000 Sri Lankais (nationalité la plus représentée en raison de l’extrême pauvreté et le manque d’opportunités du pays) auraient été enrôlés par ce stratagème.

Une neutralité économique “tactique” source d’instabilité 

Le diplomate ukrainien alerte également sur la politique de connivence de certains états avec le Kremlin. Si à première vue, la politique de neutralité neutralité économique adoptée par de nombreux pays d’Asie du Sud-Est apparaît comme un choix prudent, elle est en fait un facteur de l’instabilité de la région.

En effet, de nombreux pays comme la Thaïlande et le Vietnam, n’ont pas tourné le dos à la fédération de Russie. Les touristes russes profitent notamment de nombreux avantages touristiques (dont un accès sans visa de 90 jours, contre 60 pour la France) qui se traduit par une reprise spectaculaire des flux touristiques russes depuis 2022 : la Russie était la quatrième nationalité en terme de fréquentation en Thaïlande en 2025 (avec plus d’un million de ressortissants).  Privés de nombreuses destinations européennes, les voyageurs venus de Russie se sont en effet massivement redirigés vers la région.

Pour des économies en mal de croissance comme la Thaïlande, le tourisme russe, (excellent puisque l’un des plus élevé au monde en terme de dépenses par individu) est une aubaine le pour capter de nouveaux flux financiers, et compenser le ralentissement d’autres marchés. À cela s’ajoutent des échanges commerciaux maintenus  voire renforcés dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture ou des hydrocarbures.

Un catalyseur de l’instabilité en Asie du Sud-Est

Mais cette neutralité, si elle peut paraître sensée à long terme, ne l’est pas dans le contexte de la stabilité géopolitique régionale. La Fédération de Russie, comme l’explique le rapport de Fortify Rights, agit comme un catalyseur de l’instabilité en Asie du Sud-Est.

En effet, le soutien russe à des puissances dictatoriales comme la Junte Militaire Birmane depuis le coup d’État de 2021, accentue les tensions frontalières ; en résultent des affrontements réguliers à proximité de la frontière thaïlandaise, des flux de réfugiés, et des incursions militaires qui alimentent une tension constante. Dans ce contexte, la Russie n’est plus seulement un partenaire économique lointain avec qui s’entendre par pragmatisme: elle devient, indirectement, un acteur des déséquilibres régionaux.

Face à ces dérives, Viktor Semenov appelle à une réponse ferme : réactiver les instruments du droit international. Pour cela, il en appelle aux jugement de la Cour pénale internationale pour juger les crimes de guerre. Il souligne également la création d’un tribunal spécial pour l’Ukraine depuis juin 2025. À cela s’ajoute une exigence : mettre en place des mécanismes de compensation pour les victimes, y compris celles venues d’Asie.

Car comme le rappelle le diplomate : “Les victimes sont partout, également ici en Thaïlande”. La question n’est donc plus de déterminer où se déroule la guerre, mais jusqu’à quel point le monde et l’Asie du Sud-Est sont disposés à en accepter les répercussions.