vendredi 10 septembre 2010 |

La Thaïlande peut-elle échapper à la crise ?

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Mercredi 8 octobre 2008

Fortement dépendante des exportations, l’économie thaïlandaise ne pourra sans doute pas éviter le contrecoup de la crise américaine pendant le deuxième semestre 2008. Mais pour le moment l’exposition du système bancaire thaïlandais semble limité, par rapport à l’effondrement des banques américaines et aux difficultés de certaines banques européennes.

Dans la région il semble que la leçon de 1997 a été retenue. L’Asie a compris qu’elle ne devait plus jamais devenir vulnérable face aux fuites de capitaux. A commencer par la Thailande qui amassé des réserves de changes de plus de 100 milliards de dollars et qui déclare aujourd’hui pouvoir faire face sans problème à un retrait des capitaux étrangers.

Depuis dix ans, les gouvernements des pays d’Asie gèrent leurs monnaies de manière à s’assurer des taux de change compétitifs ( plutôt sous évalué, pour suivre l’exemple chinois) et des excédents commerciaux, source de confortables réserves de change. La première économie émergente asiatique, la Chine, a appliqué cette recette avec une certaine consistance, alors même que le contrôle des capitaux lui avait permis de limiter la spéculation dans les années 1990.

Reste un point d’interrogation important : quelle est l’exposition des banques Thaïlandaises au risque systémique américain ? La Bangkok Bank, la plus importante banque de Thaïlande a reconnu une exposition totale de 3,5 milliards de baht (780 milions d’euros) aux valeurs investies chez Lehman Brothers, soit la plus importante exposition de toutes les banques thaïlandaise, mais qui représente seulement 0,2% du total de ses actifs. Un montant qui n’aurait pas d’incidence sur la situation financière de la Bangkok Bank. Selon la Banque centrale de Thaïlande, l’exposition directe à Lehman Brothers pour l’ensemble des banques thailandaises serait de 4,3 milliards de baht (850 millions d’euros), sous la forme de prêts ou d’obligations. Un montant peu élevé au regard des actifs considérés.

Une contagion de la récession américaine ?

En Asie, la croissance est restée relativement robuste en 2008. Mais les marchés boursiers d’Asie, dont la plupart ont chuté de 30% ou plus cette année, sont un signe que des temps difficiles sont encore à venir. La baisse de la croissance des exportations commencent déjà à se faire sentir. Merrill Lynch s’attend quand même à une croissance du PIB en Asie (hors Japon) de 7,7% cette année, le taux le plus bas depuis 2003. L’année prochaine pourrait être pire si les Etats-Unis entrent dans une véritable récession. L’Asie est un peu mieux protégée que d’autres parties du monde contre la récession, car la plupart des gouvernements d’Asie sont en bonne situation financière et économique. La situation est en tous cas très différente de celle de 1997 lorsque l’indexation du baht sur le dollar a été abandonnée du jour au lendemain, provoquant la chute de la monnaie thaïlandaise. Les turbulences financières se sont alors propagées à toute l’Asie du Sus Est, entrainant les économies de la région dans une profonde récession, obligeant certains Etats à frapper à la porte du FMI et provoquant parfois de graves troubles politiques.

A l’occasion du dixième anniversaire de la crise asiatique, la presse thaïlandaise est revenue sur les histoires d’anciens hommes d’affaires ruinés par la dévaluation du baht en 1998. Prachai Leopairatana, ancien directeur du géant de la pétrochimie Thai Petrochemical Industry (TPI), fut le plus gros débiteur des banques thaïlandaises après cette dévaluation. Dans une interview au quotidien The Nation il espère toujours reprendre le contrôle de l’entreprise familiale, fondée en 1978. “Je ne perds pas espoir. Je pense que TPI m’appartiendra à nouveau et je vais continuer à lutter pour atteindre ce but”.

Aujourd’hui la situation est inversée, et  le scénario catastrophe vient  des Etats Unis, où les institutions financières les plus prestigieuses s’effondrent les une après les autres. “Ils nous doivent des excuses” declare Ronnie Chan dans le dernier numéro de Forbes Asia, un homme d’affaires de Hong Kong, lorsqu’il repense à l’attitude moralisatrice des Etats Unis en 1997.

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